Band 
Tome troisième.
Seite
639
JPEG-Download
 

CI 10

CHQ

G39

les chasseurs, il reslait pendant quelquesinstants à regarder son ennemi, puis il s’é-lançait sur lui avec fureur, et tombait dansle Blet qui lui était préparé. La Chouette etla Chevêche sont employées aujourd’hui à lachasse aux Passereaux, et l’on s’en sert pourattirer, sur les gluaux de la pipée, les Oiseauxqui sont dans les environs, souvent même àune distance considérable du lieu où l’onfait lâchasse. On prend parce moyen, en fortpeu de temps, un nombre considérable d’Oi-seaux de toutes sortes qui viennent, comme àl’envi, s’empêtrer dans les gluaux : lesGeais , les Pies , les Grives, les Merles , ac-courent de toutes parts, et leur cri de rap-pel sert admirablement d’appeau.

La classification des Rapaces nocturnesa été tentée bien des fois, et l’on n’a pas en -core trouvé d’arrangement naturel qui ré-pondit aux exigences de la méthode. La plu-part des auteurs se sont préoccupés de l’ordrelinéaire , et ils ont cherché à trouver unesérie continue fondée sur des affinités allanten dégradant, et liant les uns aux autres lesdivers individus qui composent le genreChouette ; mais ce groupe présente des ca-ractères généraux si constants, et des nuan-ces si fugaces séparent les diverses sectionsqu’on y a établies, qu’il faut avouer que, danscelte circonstance surtout, la méthode na-turelle est en défaut: aussi, tous les arran-gements sont-ils et doivent-ils être arbitrai-res ou artificiels.

En voulant avoir égard aux affinités lesplus étroites, dans la succession des êtresdes différents ordres, on s'est trouvé arrêtépar des difficultés inextricables qui font ledésespoir des méthodistes. En effet, si nouslions les Chouettes aux Rapaces diurnes parles Chouettes accipitrines, nous termineronsnécessairement par les espèces les plus noc-turnes ; et comment alors les unirons-nousaux Passereaux ? Si nous commençons parles Pies Grièches,comme l’a fait Cuvier, rienne fait le passage d’un ordre à l’autre ; etcette association est une contradiction. Sinous les faisons suivre par les Caprimul-gus, comme le font MM. Gray et Bonaparte,nous reculons seulement la difficulté d’unterme, et nous n’avons pas d’Oiseau semi-diurne qui puisse servir de transition. Enfin,aucun méthodiste n’a réussi jusqu’à pré-sent, parce que la chose est impossible. Il

faut plutôt voir dans le genre Chouetle,comme dans tous les groupes ayant des ca-ractères morphologiques bien tranchés , undes rameaux isolés de la classe des Oiseauxjeté en dehors du tronc commun et formantcæcum, n’ayant donc d’autres affinités avecles animaux de cette classe que des proprié-tés communes à tous les Oiseaux, et avecles Rapaces diurnes que leur communautéde mœurs et de structure.

C’est l’idée d'un plan méthodique de créa-tion qui jette le doute et l’obscurité dans lesesprits ; on veut toujours voir dans la natureun ouvrier travaillant avec méthode et dansun ordre ne comportant aucune anomalie.C’est à cette opinion qu’il faut attribuer lescontradictions des méthodes qui prouventque tout en gravitant dans les limites de cer-taines lois, l’arbitraire a bien souvent sapart dans l’organisation des êtres. Ce sont cesanomalies, dont ils ne peuvent se rendrecompte, qui déconcertent les méthodistes; ilsveulent à toute force trouver le pourquoide chaque chose ; et c’est ce qui ruine lesclassifications dont la base est plutôt dansdes théories à priori que dans les faitsréels et positifs. Ainsi, l’on prête à la na-ture l’intention d’avoir favorisé la visionnocturne de ces Oiseaux par ce disque deplumes écailleuses qui en fait une espèce deréflecteur, comme si les autres Oiseaux etanimaux nocturnes avaient le même privi-lège. Il n’y a chez eux qu’une seule chosequi constitue la propriété de voir pendant lanuit: c’est le grand développement de l’ap-pareil visuel, bien qu’on puisse encore yopposer des exceptions , et le disque facialn’est qu’une dépendance nécessaire de l’ap-pareil auditif.

Il est certes fâcheux que la nature ne seprête pas à nos méthodes ; mais chaque foisque le pourquoi d’un fait nous est inconnu,nous devons seulement nous préoccuper ducomment, et l’imagination ne doit avoirqu’une faible part dans des travaux de cetordre. Entre des rapprochements plus oumoins spécieux, et des théories qui touchentde plus près à la métaphysique qu’à la sciencepositive, il y a une incommensurable dis-tance ; et comme l’important en histoire na-turelle est, avant tout, de grouper les êtresde manière à faciliter l’étude, il faut donc seborner, dans la classification des Chouettes,