Band 
Tome cinquième.
Seite
444
JPEG-Download
 

444

ESP

Je ne sais pourquoi les partisans de l’im-mutabilité de l’Espèce n’ont pas repoussé lathéorie de la métamorphose, comme ils ontfait de la doctrine de l’unité de type dans lerègne animal ; car elle tend à détruire l'idéed’une fixité spécifique absolue, puisque lescauses ambiantes sont les éléments modifi-cateurs , et que mille accidents tératologi-ques peuvent donner lieu à des variationsde forme qui sont autant de nuances appor-tées dans la stabilité des caractères spécifi-ques. La plupart des botanistes modernes ontpourtant adopté cette théorie, et en ont tirédes conséquences morphologiques sur lagénération des organes; mais je ne saispourquoi les finalistes tiennent moins à ladéfense de l’être végétal que de l’animal : cesont pourtant aussi des organismes, et tousles corps vivants doivent découler d’une loicommune.

Quanta l’influence de l’habitat, elle estconnue ; et c’est à cette cause que les races,et souvent les espèces nouvelles, doivent leurcréation. Ainsi le Pommier , transporté àSaint-Pierre de Miquelon, a changé d’époquede floraison. Le Seigle , cueilli par M. lecomte de Villeneuve sur les montagnesBleues, où il fleurit tardivement, reprendpeu à peu sa précocité quand il est semédans la plaine de Toulouse . Il faut aussiquelque temps aux variétés hibernales deBlé pour devenir estivales.

M. O. Thouin ( Ann. hort ., juin 1842) estd’accord avec tous les praticiens sur la fixitédu caractère des races, transmissible par laculture. « Ces caractères , dit-il, sont le ré-sultat d’habitudes prises sous l’influence de jcauses agissant progressivement par leur |continuité ; et ainsi les variétés transmissi-bles doivent être considérées comme des es-pèces conditionnelles qui peuvent se perpé-tuer parfois indéfiniment dans les circon-stances où elles se sont développées. »Ladiscussion qui précède démontre, ce mesemble, assez clairement que les caractèresspécifiques employés en zoologie et en bota-nique sont purement empiriques, puisqu’ilsportent sur des propriétés essentiellementvariables , et que ce n’est pas en s’appuyantsur de si faibles bases que les partisans dela fixité de l'Espèce pourront obtenir gain decause. Il reste toujours cette demande :Qu’est-ce qu’un caractère spécifique ? Où

ESP

faut-il le prendre pour ne pas se tromper?

On a proposé l’étude des dissemblancesdans les caractères anatomiques ; mais lesformes ne se modifient pas toujours asse*profondément pour que cette base de certi-tude ne soit encore trompeuse , surtoutquand il s’agit d’êtres voisins l’un de l’autre;car, la plupart du temps, les caractères spé-cifiques sont géographiques, c’est-à-dire du»à des influences locales, qui ne causent P aSla modification profonde du type. Le carac-têre anatomique n’est donc pas une base ra-dicale pour la détermination de l’Espèce.

On a encore établi les Espèces sur les dif-férences que les êtres présentent dans leurmanière de vivre ou leur habitat ; mais l eSnécessités de milieu font les mœurs, l’habi-tude d’une station les perpétue, et les dis-semblances externes et souvent internes eD

sont le résultat. Ce sont précisément à ce5stations diverses qu’on peut attribuer l ffScréations de variétés qui, en se fixant et s®perpétuant, deviennent des Espèces.

Il faut donc alors en revenir au critériumde la succession par voie de génération.comment peut-on arriver à ce résultat, s*n’est par le croisement des Espèces, P° urs’assurer si elles sont réellement dissemb^'blés, ou bien si ce sont de simples variété*;

jL.a question ae croisement présente, iI est vde grandes obscurités, et elle a offert au*naturalistes qui ont voulu y avoir recourepour constater la véritable pureté de rEsp® c **suivant l’axiome des maîtres de la scie* 1moderne, des anomalies etdes contradicti^sans nombre. Le croisement de deux g etl _est toujours infécond, disent-ils, et lesde deux Espèces sont toujours stériles : cce que je vais examiner; mais il suffit, ce &semble, de quelques exceptions pourtruire la règle, et elles ne manquentCe que je m’attacherai surtout à démonté^c’est que nous ignorons le principe des c ^ses ; et que dans la plupart des cas nousvons modestement dire : Je ne sais pas » -

bien, comme Montaigne , Que sais-je? ^l’on a de nombreux exemples d’accouP^ments féconds du Chien et du Loup , du ^et de la Brebis , du Bélier et de laavec fécondité des métis, ainsi que de I®vre et du Bouquetin, du Cheval et de ^et d'autres espèces du même genre, tele Couagga et le Zèbre , et un exernp e