Persanes. 29
êt m’eut obligé , par des séductions soute-nues de mille menaces , de me séparerpour jamais de moi-même; las de servirdans, les emplois les plus pénibles, jecomptai sacrifier mes passions à mon reposet à ma fortune. Malheureux que j’étois !mon esprit préoccupé me faisoit voir ledédommagement, et non pas la perte : j’es-pérois que je serois délivré des atteintesde l’amour, par l’impuissance de le satis-faire. Hélas ! on éteignit en moi l’effet despassions, sans en éteindre la cause ; et bienloin d’en être soulagé, je me trouvai envi-ronné d’objets qui les irritoient sans cesse.J’entrai daus le sérail, où tout m’inspiroitle regret de ce que j’avois perdu : je m*sentois animé à chaque instant ; mille grâcesnaturelles sembloient ne se découvrir à mavue, que pour me désoler. Pour comble demalheur , j’avois toujours devant les yeuxun homme heureux. Dans ces temps detrouble, je n’ai jamais conduit une femmedans le lit de mon maître, je ne l’ai jamaisdéshabillée, que je ne sois rentré chez moila rage dans le cœur, et un affreux désespoirdans l’ame.
Voilà comme j’ai passé ma misérable jeu-nesse. Je n’avois de confident que moi-même. Chargé d’ennuis et de chagrins,il me les falloit dévorer : et ces mêmeslemmes , que j’étois tenté de regarder avecdes yeux si tendres, je ne les envisageois
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