ioo Lettres
poisons , dont les plus subtils sont aussi les
pins dangereux.
Et ce vieux homme , lui dis-je tout bas,qui a l’air si chagrin ? Je l’ai pris d’abordpour un étranger , car, outre qu’il est ha-billé autrement que les autres , il censure-tout ce qui se fait en France , et n’ap-prouve pas votre gouvernement. C’est uuvieux guerrier, me dit-il , qui se rendmémorable à tous ses auditeurs par la lon-gueur de ses exploits. Il ne peut souffrirque la France ait gagné des batailles oùil ne se soit pas trouvé , ou qu’on vanteun siège où il n’ait pas.monté à la tran-chée ; il se croit si nécessaire à notre his-toire , qu’il s’imagine qu’elle finit où il afini : il regarde quelques blessures qu’il areçues , comme la dissolution de la monar-chie ; et à la différence de ces philosophesqui disent qu’on ne jouit que du présent ,et que le passé n’est rien, il'ne jouit aucontraire que du passé , et n’existe quedans les campagnes qu’il a faites : il res-pire dans les temps qui se sont écoulés,commes les héros doivent vivre dans ceuxqui passeront après eux. Mais pourquoi ,dis-je , a-t-il quitté le service ? Il ne l’apoint quitté , me répondit-il, mais le ser-vice l’a quitté : ou l’a employé dans unepetite place , où il racontera ses aventures-le reste de ses jours : mais il n’ira jamaisplus loin, le chemin des honneurs lui est