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de là. A merveille ; quelle présence d’es-prit ! voilà une véritable bataille. Mais onne dira pas que nous nous étions escarmou-chés la veille. Il faudra acheter de certainslivres , qui sont des recueils de bons mots,composés à l’usage de ceux qui n’ont pointd’esprit, et qui en veulent contrefaire 5 toutdépend d’avoir des modèles. Je veux qu’avantsix mois nous soyons en état de tenir uneconversation d’une heure , toute remplie debons mots. Mais il faudra avoir une atten-tion ; c’est de soutenir leur fortune. Ce n’estpas assez, de dire un bon mot ; il faut le ré-pandre et le semer par-tout ; sans cela autantde perdu ; et je t’avoue qu’il n’y a rien desi désolant que de voir une jolie chose qu’ona dite, mourir dans l’oreille d’un sot quil’entend. Il est vrai que souvent il y a unecompensation, et que nous disons aussibien des sottises qui passent, incognito ;et c’est la seule chose qui peut nous consolerdans cette occasion. Voilà , mon cher , leparti qu’il nous faut prendre. Fais ce que jete dirai, et je te promets avant six moisune place à l’académie. C’est pour te direque le travail ne sera pas long : car pourlors tu pourras renoncer à ton art ; tu serashomme d’esprit, malgré que tu en aies. Onremarque en France , que dès qu’un hommeentre dans une compagnie, il prend d’abordce qu’on appelle l’esprit du corps : tu seras
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