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nôtement : il me fit voir toute la maison.Nous entrâmes dans le jardin, et nous nousmimes à discourir. Mon père 3 lui dis-je ,quel emploi avez-vous dans la communauté ?Monsieur, me répondit-il avec un air très-content de ma question , je suis casuiste.Casuiste ? repris-je. Depuis que je suis enFrance , je n’ai pas ouï parler de cettecharge. Quoi ! vous ne savez pas ce quec’est qu’un casuiste ? Hé bien, écoutez , jevais vous en donner une idée qui ne vouslaissera rien à désirer. Il y a deux sortes depéchés 5 de mortels qui excluent absolu-ment du paradis, et de véniels qui offensentDieu à la vérité , mais ne l’irritent pas aupoint de nous priver de la béatitude : or toutnotre art consiste à bien distinguer ces deuxsortes de péchés ; car, à la réserve de quel-ques libertins , tous les chrétiens veulentgagner le paradis ; mais il n’y a guère per-sonne qui ne le veuille gagner au meilleurmarché qu’il est possible. Quand on connoîtbien les péchés mortels , on tâche de ne pascommettre de ceux-là, et l’on fait son af-faire. Il y a des hommes qui n’aspirent pasà une si grande perfection ; et comme ilsn’ont point d’ambition, ils ne se soucientpas des premières places: aussi entrent-ilsen paradis le plus .juste qu’ils peuvent ;pourvu qu’ils y soient, cela leur suffit : leurbat est de n’en faire ni plus ni moins. Cesont des gens qui ravissent le ciel , plutôt