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5 (1805) Lettres Persannes
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P E R S A S E S. l83

croyoit naissante, mais qui étoit déjà àson dernier période : il prétexta un voyage ,et memmena avec lui , laissant ma sœurentre les mains dune de ses parentes ; carma mère étoit morte depuis deux ans. Jene vous dirai point quel fut le désespoirde cette séparation : jembrassai ma sœurtoute baignée de larmes , mais je nen versaipoint, car la douleur mavait rendu commeinsensible. Nous arrivâmes à Tefflis ; etmon père ayant confié mon éducation à unde nos parens , my laissa et sen retournachez, lui.

Quelque temps après jappris que , parle crédit dun de ses amis , il avoit faitentrer ma sœur dans le beiram du roi , elle étoit au service dune sultane. Silon mavoit appris sa mort, je nen au-rais pas été plus frappé : car , outre queje nespérois plus de la revoir, son entréedans le beiram lavoit rendue mahomé-tane ; et elle ne pouvoit plus, suivant lepréjugé de cette religion , me regarderquavec horreur. Cependant, ne pouvantplus vivre à Tefflis , las de moi-même etde la vié, je retournai à Ispahan . Mespremières paroles furent amères à monpère ; je lui reprochai davoir mis sa filleen un lieu lon ne peut entrer quenchangeant de religion. Vous avez, attiré survotre famille, lui dis-je , la colère deDieu et du soleil qui vous éclaire : vous