P E R S A S E S. l83
croyoit naissante, mais qui étoit déjà àson dernier période : il prétexta un voyage ,et m’emmena avec lui , laissant ma sœurentre les mains d’une de ses parentes ; carma mère étoit morte depuis deux ans. Jene vous dirai point quel fut le désespoirde cette séparation : j’embrassai ma sœurtoute baignée de larmes , mais je n’en versaipoint, car la douleur m’avait rendu commeinsensible. Nous arrivâmes à Tefflis ; etmon père ayant confié mon éducation à unde nos parens , m’y laissa et s’en retournachez, lui.
Quelque temps après j’appris que , parle crédit d’un de ses amis , il avoit faitentrer ma sœur dans le beiram du roi ,où elle étoit au service d’une sultane. Sil’on m’avoit appris sa mort, je n’en au-rais pas été plus frappé : car , outre queje n’espérois plus de la revoir, son entréedans le beiram l’avoit rendue mahomé-tane ; et elle ne pouvoit plus, suivant lepréjugé de cette religion , me regarderqu’avec horreur. Cependant, ne pouvantplus vivre à Tefflis , las de moi-même etde la vié, je retournai à Ispahan . Mespremières paroles furent amères à monpère ; je lui reprochai d’avoir mis sa filleen un lieu où l’on ne peut entrer qu’enchangeant de religion. Vous avez, attiré survotre famille, lui dis-je , la colère deDieu et du soleil qui vous éclaire : vous