DE LINDUSTRIE BELGE.
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vues, et une justesse de coup d’œil comparables àcelles d’un général, et quelquefois de la part dessimples ouvriers un courage pareil à celui qui a en-nobli le métier de la guerre. A Charleroi , le direc-teur de l’usine de Couillet me racontait qu’une foisl’un de ses hauts-fourneaux s’était crevé; la flammesortait à travers le mur extérieur. Avant d’arrêter lefondage qui durait déjà depuis trois ans, il résolutde tenter un dernier effort. 11 laissa la charge s’a-baisser de vingt-cinq pieds sans la renouveler, etn’hésita pas à descendre, en compagnie du maîtremaçon, dans cette fournaise, dont les murs étaientd’un rouge blanc. Il avait eu la précaution de fairejeter sur la charge une couche de minerai froid, etd’établir un courant d’air forcé qui d’en-haut en-voyait au fond de cette cuve ardente une atmosphèrerespirable. Il vit dans la paroi intérieure une cre-vasse de trois pieds de largeur sur sept à huit dehaut, et remonta à demi rôti. Son exemple décidales ouvriers. Deux échelles furent disposées, l’unepour descendre, l’autre pour remonter; et tous cesbraves gens, lui en tête, se mirent en marche, at-teignant , l’un après l’autre, le fond à la hâte, posantvite deux briques dans la crevasse, et escaladant laseconde échelle plus vite encore. Il était impossiblede séjourner au fond plus de quinze secondes. Lesuccès de la manœuvre fut complet ; l’accident futréparé. Deux ans se sont écoulés depuis lors, et lefourneau radoubé marche encore. Il donne quinze
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