V) É h O G E
taies , réelles ou supposées , de l’orgueil etdu flegme de l’amour asiatique, n’est quele moindre objet de ces lettres ; elle n’ysort, pour ainsi dire, que de prétexte à unesatire fine de nos mœurs, et à des matièresimportantes que l’auteur approfondit , enparoissant glisser sur elles. Dans cette espècede tableau mouvant, Usbek expose sur-tout,avec autant de légéreté que d’énergie , cequi a le plus frappé parmi nous ses yeuxpénétrans ; notre habitude de traiter sérieu-sement les choses les plus futiles , et detourner les plus importantes en plaisanterie ;nos conversations si brayantes et si frivoles;notre ennui dans le sein du plaisir même;nos préjugés et nos actions en contradictioncontinuelle avec nos lumières : tant d’amourpour la gloire, joint à tant de respect pourl’idole de la faveur ; nos courtisans si ram-pans et si vains : notre politesse extérieureet notre mépris réel pour les étrangers, ounotre prédilection affectée pour eux; la bi-zarrerie de nos goûts, qui n’a rien au-dessousd’elle, que l’empressement de toute l’Europeà les adopter ; notre dédain barbâre pourdeux des plus respectables occupations d’uncitoyen , le commerce et la magistrature ;nos disputes littéraires si vives et si inutiles;notre fureur d’écrire avant que de penser,etde juger avant que de connoître. A cettepeinture vive , mais sans fiel, il oppose ,dans l’apologue des Troglodites, le tableau