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Tome troisième.
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Morelle.

dité des autres, il plaça pendant le jourplusieurs sentinelles invalides chargées,en apparence, de veiller la récolte. Cesbraves soldats avaient pour consigne derépéter à tous les passants qui s’inquié-taient de leur présence dans la plainede Grenelle, qu’une plante très pré-cieuse, leur servant de nourriture,y étaitplantée , et qu’on faisait garder le ter-rain afin qu’on ne la leur enlevât pas; ilsdonnaient même la manière de préparerles tubercules. Tout le monde alors devouloir goûter d’une plante qu’on gar-dait avec tant de soins. I,e soir arrivé,Parmentier retirait ses factionnaires, etle lendemain matin , les paysans allantà leurs travaux , ne voyant pas de sen-tinelles au terrain de notre philanthro-pe, s’empressaient d’en déterrer quel-ques tubercules pour les replanter dansleurs champs. On fit grand bruit de cespremiers vols, les sentinelles furentdoublées, etc. Plus on semblait prendrede précautions pour garder ce pré-cieux tubercule, plus les vols étaientfréquents. Le champ de Parmentier futainsi bientôt dévasté; il avait atteintson but. En effet, dès ce moment on vitla Pomme de terre cultivée aux environsde Paris comme plante alimentaire.C’est ainsi que pour faire le bien ilfaut souvent déployer plus d’activité etde ressources d’esprit que pour faire lemal. Enfin arriva la disette de 1793,qui fit apprécier davantage encore lesservices que pouvait rendre ce tuber-cule, et sa culture se répandit alorsdans toute la France . Aujourd’hui laPomme de terre entre dans l’alimenta-tion de tous les peuples civilisés.

Depuis quelques années, une altéra-tion assez profonde des tubercules de laPomme de terre a tenu en éveil l’atten-tion publique ; on s’est cru menacéd’une disette ; on s’alarmait pour lasanté des classes laborieuses; quelquesauteurs, encore aujourd’hui, présagentpour un avenir assez rapproché la des-truction de ce végétal sur lequel repose,en partie, la prospérité de l’agricultureeuropéenne.

Diverses opinions ont été émises surla cause de cette affection. Les uns larapportent à la présence d’un champi-

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gnon ou d’insectes; d’autres, au con-traire, nient l’action de ces différentsagents. Selon les premiers, les tubercu-les se trouveraient privés de fécule etauraient une action délétère sur l’orga-nisation animale. Cette opinion est detoute fausseté. D’après les expérienceset les études les plus consciencieuses, ilrésulte que la maladie des Pommes deterre ne dépend point de la présenced’un champignon, et que toutes les moi-sissures, les vibrions, les acarus qu’onobserve sur les tubercules en voie dedécomposition sont l’effet et non la causede l’affection ; qu’en général la féculen’est point détruite et qu’elle se trouveen quantité presque aussi considérabledans les parties altérées que dans lesparties saines. Quant à l’action délétèredes tubercules malades, l’expérience adémontré qu’on pouvait les manger sansinconvénients en retranchant les partiesdécomposéesi. Lorsqu’ils sont très pro-fondément altérés, ils peuvent encoreêtre employés avec avantage, soit pouren extraire la fécule, soit pour en ob-tenir de l’eau-de-vie par la distillation.Le mal n’est donc pas aussi grand qu’onle disait d’abord ; on a été beaucoupau delà de la réalité. Ma convictionest que cette maladie disparaîtra àmesure que le sol, profondément im-bibé par les pluies abondantes de 1843à 1845, perdra de son excès d’humi-dité ; seulement, nous pourrons la voirreparaître à la suite des années pluvieu-ses. Déjà cette année (1849) la maladiea fait beaucoup moins de ravages, et,en général, c’est après la récolte, dansles magasins, que les tubercules se sontaltérés; c’est qu’aussi, le plus souvent,les Pommes de terre sont emmagasinéesdans des caves oii l’humidité est très

(1) En 18é5, lors de l'invasion de la maladie enFrance, les sœurs de l’hôpital de ta ville de Caen voulaient faire abandonner sur les champs les Pom*mes de terre cultivées dans l’établissement pourl'usage de la maison. Un de mes amis, M. Durand,pharmacien en chef de cet hôpital, pour détruirecette malheureuse idée d’une végétation eryptoga-mique délétère, ne mangeait que des Pommes deterre malades. Me trouvant à cette époque dans tesenvirons de ta ville, je mangeai plusieurs fois aveclui des tubercules altérés avec les parties en voie dedécomposition. Ces mets n’étaient pas très agréa-blés au goût, mais nous u’eprouvâmes aucun acci-deut. f, Jj,

SOLANÉES.