2 LES ANCIENNES BIBLIOTHÈQUES DE PABIS.
de l’Université de Paris, furent soutenues par le zèle de quelques hommes dévouésau milieu des luttes et des malheurs de ce temps. Pendant plusieurs siècles, lecloître de l’église métropolitaine fut, pour ainsi dire, le centre de l’instruction pu-blique. Lorsque, sorti de l’enfance, l’enseignement eut pris possession du plateaude Sainte-Geneviève, c’est à Notre-Dame qu’avaient encore lieu les réunionssolennelles de chaque Faculté . Plus tard, au xvi e siècle, quand les différents quar-tiers de Paris furent pourvus de ce qu’on appela les petites écoles, celles-ci dépen-dirent encore du Chapitre de Notre-Dame : le chantre seul avait le droit de lesautoriser, c’est à lui qu’elles achetaient la permission d’exister. Enfin, jusqu’à la findu xvm c siècle, le chancelier de Notre-Dame fut en meme temps l’un des deuxchanceliers de l’Université.
Vers l’an 796, Alcuin quitta la Cour et se retira à l’abbaye de Saint-Martin deTours, retraite opulente où il passa le reste de ses jours dans l’étude, au milieud’une précieuse bibliothèque ù). Clément l’Hibernien, Claude, Aldric, Amalaire ,Pierre de Pise, Paul Diacre, Jean Scot Erigène et Mannon continuèrent, sous lessuccesseurs de Charlemagne , à diriger l’école palatine; puis, vers le milieu duix c siècle, Demi d’Auxerre ouvrit à Paris la première école vraiment publique quiy ait existé^.
Au siècle suivant, les ténèbres envahissent de nouveau la France . Les monu-ments littéraires de l’antiquité ressuscités sous Charlemagne sont retombés dansl’oubli, la philosophie s’est éteinte avec Jean Scot , l’école palatine a disparu; lesécoles établies dans quelques monastères et dans quelques églises subsistent seulesencore. Celles du cloître Notre-Dame sont du nombre, car c’est vers l’an 1100qu’on y vit arriver, comme écolier, un jeune homme de vingt ans à peine, beau,éloquent, profond, annonçant déjà une de ces intelligences faites pour charmeret dominer une époque : il se nommait Pierre Abélard .
La cathédrale de Paris , sacrosancta eedesia civilatis Parisiorum, se composait alorsde deux églises distinctes, dont l’une était consacrée à saint Etienne , l’autre à laVierge 13 ^; le monument que nous admirons aujourd’hui fut commencé vers 116 3par l’évèque Maurice de Sully , et terminé vers la fin du xm e siècle. Le cloître,avec ses dépendances, s’étendit au nord et à l’est de l’église, jusqu’au bord de laSeine; la rue actuelle du Cloître-Notre-Dame occupe une partie de cet emplace-ment : au xiv e siècle, il renfermait déjà trente-sept maisons, qui servaient d’habi-tations à autant de chanoines! 4 b L’école fut d’abord installée au sein même du
(l > J. Baie, Illustrium majoris Britanniæ scripto-rum summarium, centurie 11, cliap. xv.
(2) Voyez Histoire littéraire de la France , par lesBénédictins , t. IV, p. 99, 225 et 226, et t. VI,p. 100. •— B. Hauréau , Histoire de la philosophiescolastique, t. I, p. 1 43 et suiv.
(3) Le Bout, Ilist. de la ville et du dioc. de Paris , 1 ,9.
01 Chacun de ces chanoines possédait sa maisonen propre, avec faculté de la vendre ou de la don-ner, pourvu cpio ce fût à un autre chanoine de lamême église. Quand le propriétaire mourait, lamaison était vendue par licitation sur Ja mise à prix