PAIX GÉNÉRALE.
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avancer 10,000 hommes de plus, ce qui allait porter le nombre totaldes Français présents en Espagne à 25,000. Or, le prince de la Paix,qui avait appelé nos soldats sans réflexion, s’effrayait, sans réflexion,de leur arrivée. Cependant ils avaient observé une exacte discipline, ettémoigné pour le clergé, les églises, les cérémonies du culte, un respectqui ne leur était pas ordinaire, et que le général Bonaparte pouvaitseul obtenir de leur part. Mais aujourd’hui qu’on les avait auprès desoi, on était, en Espagne , ridiculement épouvanté de leur présence.Il fallait ou ne pas les faire venir, ou, les ayant appelés, s'en servirpour atteindre le but proposé. Or, ce but ne pouvait consister à dis-perser quelques bandes portugaises, à obtenir quelques millions decontributions, ou même à fermer aux vaisseaux anglais les ports duPortugal : il devait consister évidemment à s’emparer de gages pré-cieux, dont on pût se servir pour arracher aux Anglais les restitutionsqu’ils ne voulaient pas faire. Pour cela, il fallait occuper certainesprovineçs du Portugal, celle notamment dont Oporto était la capitale.C’était le moyen le plus sûr d’agir sur le cabinet britannique, en agis-sant sur les gros marchands de la Cité, fort intéressés dans le com-merce d’Oporto . La chose avait été ainsi convenue, entre les gouver-nements de Paris et de Madrid . Cependant, malgré tout ce qui avaitété stipulé, le prince de la Paix imagina d’accepter les conditions duPortugal, et de se contenter, pour l’Espagne , de la place d’OIivença,pour la France , de 15 à 20 millions, et pour les deux puissancesalliées, de la clôture des ports du Portugal à tous les vaisseaux anglais ,soit de guerre, soit de commerce. A ces conditions, la campagne qu’onvenait de faire était puérile. Elle n'était plus qu’un passe-temps, in-venté pour distraire un favori rassasié de faveurs royales, et cherchantla gloire militaire par des voies ridicules, comme il convenait à sacoupable et folle légèreté.
Le prince de la Paix fit valoir auprès de ses maîtres les sentimentspaternels faciles à émouvoir chez eux, mais, il faut le dire, émus ou troptard ou trop tôt. Il fit craindre la présence des Français , crainte, il faut ledire encore, bien tardive et bien chimérique, car il ne pouvait guère entrerdans l’esprit de personne que 15,000 Français voulussent conquérirl’Espagne , ou même y prolonger leur séjour d'une manière inquiétante.Tout cela supposait des projets, qui n’existaient même pas en germedans la tête du premier consul, et qui n’y sont entrés depuis qu'aprèsdes événements inouïs, que ni lui. ni personne ne prévoyait, alors.