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LIVRE XI.

Dans le moment, il ne voulait qu’une chose, arracher à l’Angleterre uneîle de plus, et cette île était espagnole .

En acceptant les conditions proposées par la cour de Lisbonne , quiconsistaient uniquement à concéder Olivença aux Espagnols , vingtmillions aux Français, et l’exclusion du pavillon anglais des ports duPortugal , on avait eu soin de préparer deux copies du traité, une quedevait signer l’Espagne, une autre que devait signer la France . Leprince de la Paix revêtit de sa signature celle qui était destinée à sacour, et qui fut datée de Badajoz , parce que tout se passait danscette ville. Il fit ensuite donner la ratification par le roi qui se trou-vait sur les lieux. Lucien signa de son côté la copie destinée à laFrance , et la fit partir pour la soumettre à la ratification de sonfrère.

Le premier consul reçut ces communications au moment meme dela plus grande chaleur des négociations de Londres . L’irritation qu’ilen ressentit est facile à deviner. Quoiqu’il fût sensible aux affections defamille, souvent jusqu a la faiblesse, il contenait son irritabilité moinsavec ses parents qu’avec toute autre personne, et assurément on pou-vait en cette occasion lui pardonner de s’y laisser aller. Aussi le fit-ilsans réserve, et se livra-t-il contre son frère Lucien à un violent em-portement.

Toutefois il espérait que le traité ne serait pas encore ratifié. Descourriers extraordinaires furent envoyés à Badajoz , pour annoncer quela France refusait sa ratification, et pour prévenir celle de l’Espagne .Mais ces courriers trouvèrent le traité ratifié par Charles IV , et l’enga-gement devenu irrévocable. Lucien fut consterné du rôle embarrassant,humiliant même, qui lui était réservé en Espagne , au lieu du rôlebrillant qu’il avait espéré y jouer. Il répondit à la colère de son frèrepar un accès de mauvaise humeur, accès assez fréquent chez lui, etenvoya sa démission au ministre des affaires étrangères. De son côté leprince de la Paix devint arrogant. Il se permit un langage qui étaitridicule et insensé à l’égard d’un homme tel que celui qui gouvernaitalors la France . Il annonça d’abord la cessation de toute hostilité en-vers le Portugal, puis demanda la retraite des Français et ajouta mêmecette déclaration fort imprudente, que , si de nouvelles troupes pas-saient la frontière des Pyrénées , leur passage serait considéré commeune violation de territoire. Il réclama déplus la restitution de la (lotteenfermée à Brest , et une prompte conclusion de la paix générale, pour