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LIVRE XI.

déployer son caractère d’ambassadeur, et d’attendre des ordres ulté-rieurs. C’en était assez pour intimider et contenir l’indigne courtisanqui compromettait si légèrement les plus grands intérêts qu’il y eûtdans l'univers. Bientôt, en effet, il écrivit les lettres les plus soumises,afin de rentrer en grâce auprès de l’homme dont il craignait l’influenceet l’autorité personnelles sur la cour d’Espagne .

Cependant il fallait prendre un parti sur cette étrange et inconce-vable conduite du cabinet de Madrid. M. de Talleyrand était absentalors pour raison de santé. Il se trouvait aux eaux. Le premier consullui communiqua tontes les pièces, et en reçut en réponse une lettrefort sensée, contenant son avis sur cette grave affaire.

Une guerre de notes, suivant M. de Talleyrand , ne mènerait à rien,quelque succès de raison qu’on pût se promettre, en se fondant sur lesengagements pris, sur les promesses faites de part, et d’autre. La guerrecontre l’Espagne , outre qu elle éloignait du but, qui était la pacifica-

lorsqu’on est amis au point où nous le sommes, peuvent être considérées commedes querelles de famille, mais que la moindre action ou le moindre éclat seraitirrémédiable ;

Que, quant au roi d'Etrurie , on lui a offert un ministre parce qu’il n’a personneautour de lui, et que pour gouverner les hommes il faut y entendre quelque chose:que cependant, sur ce qu’il a espéré trouver à Parme des hommes capables del'aider, je n’ai plus insisté ;

Que, relativement aux troupes françaises en Toscane , il fallait bien en laisserpendant deux ou trois mois, jusqu’à ce que le roi d'Etrurie eût lui-même organiséses troupes ;

Que les affaires d’État peuvent se traiter sans passion, et que, du reste, mondésir de faire quelque chose d’agréable à la maison d’Espagne serait bien malpayé, si le roi souffrait que l’or corrupteur de l’Angleterre pût parvenir, au momentoù nous touchons au port après tant d’angoisses et de fatigues, à désunir nos deuxgrandes nations ; que les conséquences en seraient terribles et funestes ;

Que, dans ce moment-ci, moins de précipitation à faire la paix avec le Portugal aurait considérablement servi pour accélérer la paix avec l’Angleterre, etc., etc.

Vous connaissez ce cabinet; vous direz donc dans votre dépêche tout ce quipeut servir à gagner du temps, empêcher des mesures précipitées, faire recommen-cer les négociations, et en même temps imposer, en leur mettant sous les yeux lagravité, des circonstances et les conséquences d’une démarche inconsidérée.

Faites sentir à l’ambassadeur de la république, que si le Portugal consentait àlaisser à l’Espagne la province d’Alentejo jusqu’à la paix, cela pourrait être unmeszo termine, puisque par là l’Espagne se trouverait exécuter à la lettre le traitépréliminaire.

J’aime autant ne rien avoir que quinze millions en quinze mois.

Expédiez le courrier que je vous envoie, directement à Madrid .

Poiuvmite.