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PAIX GÉNÉRALE.

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appelé, s’il avait vécu, aux plus belles destiuées : c’était l’amiralLatouche-Tréville. Il exerçait tous les jours nos chaloupes canonnières,il accoutumait nos soldats et nos marins à monter rapidement à borddes bâtiments, à en descendre de même, à manœuvrer ensemble avec-^célérité et précision. Le 4, notre flottille était formée en trois divi-sions, sur une seule ligne d’embossage parallèle au rivage, à 500 toisesde la côte, et à l’ancre. Elle se composait de gros bateaux canonniers,soutenus de distance en distance par des bricks. Trois bataillons d’in-fanterie étaient embarqués sur ces bâtiments de toutes sortes, pourseconder la bravoure de nos marins.

Nelson rangea en avant de son escadrille une division de bombardes,et commença le feu dès cinq heures du matin. Il espérait, en l’acca-blant de ses bombes, détruire notre flottille, ou l’obliger du moins àrentrer dans le port. Il en lit donc jeter une quantité infinie, et pen-dant toute la journée. Ces projectiles, lancés par de gros mortiers,passaient pour la plupart au delà de notre ligne, et allaient tomber surla grève. Nos soldats et nos matelots, immobiles sous ce feu incessant,et du reste plus effrayant que meurtrier, montraient un sang-froid,une gaieté rares. Malheureusement ils n’avaient pas les moyens deriposter. Nos bombardes, construites à la hâte, ne pouvaient pas résisterà l’ébranlement des mortiers, et tiraient à peine quelques coups maldirigés. La poudre, prise dans les vieux approvisionnements de nosarsenaux, était sans force elle n’envoyait pas les projectiles à la dis-tance nécessaire. Les équipages français demandaient qu’on se portâten avant, soit pour être à la portée du canon, soit afin de s’élancer àl’abordage. Mais nos bateaux canonniers, lourdement construits, et sansl”expérience qu’on acquit plus tard dans ce genre de construction, n’é-taient pas faciles à manœuvrer, sous le vent du nord-est qui soufflaiten ce moment. Ils auraient été poussés par le vent et le courant sur laligne anglaise, et obligés, pour revenir à la côte, de lui montrer letravers, ce qui les aurait laissés sans feux, car leurs canons étaient placésà l’avant. Il fallut donc rester immobiles sous cette pluie de projectiles,qui dura seize heures. Nos soldats de terre et de mer, la supportantcourageusement, regardaient en riant les bombes passer sur leurs tètes.Le brave commandant, Latouche-Tréville, était au milieu d’eux avecle colonel Savary, aide de camp du premier consul. On leur jeta unmillier de bombes, et, par une sorte de miracle, il n’y eut personnede grièvement blessé. Deux de nos bâtiments furent coulés, sans qu'il