Band 
[3. - 4.]
Seite
117
JPEG-Download
 

PAIX GÉNÉRALE.

117

11 fui convenu que lord Cornwallis se rendrait à Paris , pour compli-menter le premier consul, avant de se transporter surlelieu des négo-ciations.

Le premier consul, de son coté, fit choix de son frère Joseph, qu’ilchérissait particulièrement, et qui , par l’aménité de scs formes , ladouceur de son caractère, était parfaitement propre au rôle de pacifi-cateur, qui lui était habituellement réservé. Joseph avait signé la paixavec l’Amérique à Morfontainc , avec l'Autriche à Lunéville : il allaitla signer avec l’Angleterre à Amiens . Le premier consul faisait ainsicueillir par son frère les fruits qu’il avait cultivés lui-même de sesmains triomphantes. M. de Talleyrand , en voyant tout l’honneur ap-parent de ces traités dévolu à un personnage étranger aux travaux denotre diplomatie, ne put se défendre d’un mouvement de dépit, mou-vement passager, fortement contenu, saisi néanmoins par l’œil obser-vateur cl méchant des diplomates résidant à Paris , lesquels en rempli-rent plus d’une dépêche. Mais 1 habile ministre savait qu’il ne fallaitpas s'aliéner la famille du premier consul, et que d’ailleurs, si, aprèsavoir fait la part du général Bonaparte , il restait une portion de gloireà décerner à quelqu'un dans ces belles négociations, le public européen ne la décernerait qu’au ministre des affaires étrangères.

Les négociations entamées avec divers États, et non conclues encore,furent terminées presque immédiatement. Le premier consul enten-dait l’art de produire de grands effets sur l’imagination des hommes,parce qu’il avait lui-mèine beaucoup d’imagination. Il brusqua lesdifficultés avec toutes les cours, et voulut, coup sur coup , accablerla France de satisfactions de tout genre, l’étourdir, l’enivrer, à force derésultats extraordinaires.

Il en finit avec le Portugal, et fit signer 1 à Madrid , par son frèreLucien, les conditions d’abord refusées de Badajoz , sauf quelques mo-difications peu importantes. On n’insista plus sur l’occupation de l'unedes provinces portugaises, car, les bases de la paix avec l’Angleterreétant arretées depuis l’abandon de la Trinité , il n’y avait plus aucunintérêt à retenir les gages dont op avait d’abord voulu se munir. Onconvint d’une indemnité pour les frais de la guerre, de quelques avan-tages commerciaux pour notre industrie, tels, par exemple, que l’in-troduction immédiate de nos draps, et le traitement de la nation la

1 Le 20 septembre 1801.

(F. W.)