Band 
[3. - 4.]
Seite
124
JPEG-Download
 

124

LIVRE XII.

même temps que la paix avec toutes les puissances de l'Europe . — La nécessitéde s'adresser aux anciens titulaires, pour avoir leur démission, entraîne desretards. — Demande de leur démission adressée par le pape à tous les anciensévéques, constitutionnels ou non constitutionnels. — Sage soumission des con-stitutionnels. — Noble résignation des membres de l'ancien clergé. — Admi-rables réponses. — Il n'y a de résistance que de la part des évêques retirés àLondres. — Tout est prêt pour le rétablissement du culte en France , mais unevive opposition dans le sein du tribunat fait naître de nouveaux délais. — Néces-sité de vaincre cette opposition avant de passer outre.

Le premier consul aurait voulu que le jour anniversaire du 18 bru-maire, consacré à célébrer la réconciliation de la France avec l’Europe ,pùt l’être aussi à célébrer la réconciliation de la France avec l’Église.11 avait fait les plus grands efforts pour que les négociations avec lesainl-siége fussent terminées en temps utile, et que les cérémonies re-ligieuses vinssent se mêler aux fêtes populaires. Mais il est encore moinsfacile de traiter avec les puissances spirituelles qu’avec les puissancestemporelles, car les batailles gagnées n’y suffisent pas; et c’est l'honneurde la pensée humaine de ne pouvoir être vaincue que par la force ac-compagnée de la persuasion.

C’est ce difficile travail de la persuasion jointe à la force, que levainqueur de Rivoli et de Marengo avait entrepris auprès de lcgliseromaine, pour la réconcilier avec la république française.

La révolution, comme nous l’avons déjà dit bien des fois, avait dé-passé le but en beaucoup de choses. La ramener en arrière, quant à ceschoses seulement, et pas plus en deçà qu’au delà du but, était une réac-tion légitime, salutaire, que le premier consul avait entreprise, et qu’a-lors il rendait admirable, par la sagesse et l’habileté des moyens qu’ily employait.

La religion était évidemment une des choses à l’égard desquelles larévolution avait dépassé toutes les bornes justes et raisonnables. Nullepart il n’y avait autant à réparer.

Il avait existé sous l’ancienne monarchie un clergé puissant, en pos-session d’une grande partie du sol, ne supportant aucune des chargespubliques, faisant seulement, quand il lui plaisait, des dons volontairesau trésor royal, constitué en pouvoir politique, et formant l’un destrois ordres qui, dans les états généraux, exprimaient les volontés na-tionales. La révolution avait emporté le clergé avec sa fortune, soninfluence et ses privilèges ; elle l’avait emporté avec la noblesse, lesparlements, et le trône lui-mème. Il était impossible quelle fit autre-ment. Un clergé propriétaire, et constitué en pouvoir politique, pouvait