LIVRE XII,
128
sièges vacants, par les chapitres, et non par les agents du saint-siège,était complètement abandonnée. L’Eglise française avait ainsi perduson indépendance, car elle était directement gouvernée par Rome,quand elle cessait de letre par des évêques complices de l’émigration.Avec encore un peu de temps, les évêques émigrés devant être presquetous morts, l’Église entière de France eût été placée sous l’autoritéultramontaine .
Il y a des hommes que cet aspect moral d’une société déchirée parmille sectes, touche peu ; ils veulent que le gouvernement dédaignecomme lui étant étrangères, ou respecte comme sacrées pour lui, cesdivergences religieuses. Cependant il y a quelque chose qui ne permet,pas cette superbe indifférence, c’est le trouble profond de la société,surtout quand ce trouble est toujours prêt à se changer en désordrematériel.
Ces clergés divers s’efforcaient d’attirer à eux les consciences. Leclergé constitutionnel avait peu de pouvoir; il était seulement unsujet de récrimination pour les jacobins, qui avaient l'habitude de direque la révolution était partout sacrifiée, notamment dans la personnedes seuls prêtres qui se fussent attachés à sa cause ; à quoi le gouver-nement ne pouvait évidemment rien, car il ne dépendait pas de lui dedisposer des fidèles en faveur d’un clergé ou d’un autre. Mais le clergéréputé orthodoxe agissait sur les esprits dans un sens entièrementcontraire à l’ordre établi. Il cherchait h tenir éloignés du gouverne-ment tous ceux que la fatigue des dissensions civiles tendait à ramenerau premier consul. S’il eût été possible de réveiller les passions de laVendée , il l’eût fait. Il y entretenait encore de sourdes défiances, etune sorte de mécontentement. Il troublait le midi, moins soumis quela Vendée, et dans les montagnes du centre de la France , réunissaittumultueusement la population autour des curés orthodoxes. Partoutce clergé inquiétait les consciences, agitait les familles, en persuadantà tous ceux qui avaient été ou baptisés, ou mariés de la main desassermentés, qu’ils n’étaient pas dans le sein de la véritable commu-nion catholique, et qu’ils devaient de nouveau se faire baptiser oumarier, s’ils voulaient devenir de vrais chrétiens, ou sortir du concu-binage. Ainsi l’état des familles, non pas du point de vue légal, maisdu point de vue religieux, était mis en question. Il existait plus dedix mille prêtres mariés, qui, entraînés par le vertige du temps, oupoussés même par la terreur, avaient cherché dans le mariage, les uns