LIVRE XU.
138
n’est, allé dans son enfance, et dont l'aspect froid et sévère convientsi peu aux mœurs de notre nation ? On croit peut-être que c’est unavantage de ne pas dépendre d’un chef étranger. On se trompe. Il fautun chef partout, en toutes choses. Il n’y a pas une plus admirableinstitution que celle qui maintient l’unité de la foi, et prévient,autant du moins qu’il est possible, les querelles religieuses. Il n’y arien de plus odieux qu’une foule de sectes se disputant, s’invectivant,se combattant à main armée si elles sont dans leur première chaleur, ou,si elles ont pris l’habitude de vivre à côté les unes des autres, se regar-dant d’un œil jaloux, formant dans l'État des coteries qui se soutiennent,poussent leurs sujets, écartent ceux des sectes rivales, et donnent augouvernement des embarras de toute espèce. Les querelles de sectessont les plus insupportables que l’on connaisse. La dispute est le proprede la science ; elle l’anime, la soutient, la conduit aux découvertes.La dispute en fait de religion, à quoi couduit-elle, sinon à l’incertitude, àla ruine de toute croyance? D’ailleurs lorsque l’activité des esprits se di-rige vers les controverses théologiques, ces cont roverses sont tellement ab-sorbantes,qu’ellesdétournent la pensée de l'homme de toutes les recherchesutiles. On rencontre rarement ensemble une grande controverse théo-logique et de grands travaux de l’esprit. Les querelles religieuses sontou cruelles et sanguinaires, ou sèches , stériles, amères : il n’y en apas de plus odieuses. L’examen en fait de science, la foi en matièrede religion, voilà le vrai, l’utile. L'institution qui maintient l’unitéde la foi, c’est-à-dire le pape, gardien de l’unité catholique, est uneinstitution admirable. On reproche à ce chef delrc un souverainétranger. Ce chef est étranger, en effet, et il faut en remercier le ciel.Quoi ! dans le même pays, se figurc-l-on une autorité pareille à côtédu gouvernement de l’Etat ? Réunie au gouvernement, cette autoritédeviendrait le despotisme des sultans ; séparée, hostile peut-être,elle produirait une rivalité affreuse, intolérable. Le pape est hors deParis, et cela est bien ; il n'est ni à Madrid ni à Vienne, et c’est pour-quoi nous supportons son autorité spirituelle. A Vienne, à Madrid ,on est fondé à en dire autant. Croit-on que, s’il était à Paris , les Vien-nois, les Espagnols , consentiraient à recevoir ses décisions ? On estdonc trop heureux qu’il réside hors de chez soi, et qu’en résidant horsde chez soi, il ne réside pas chez des rivaux, qu’il habite dans cettevieille Rome, loin de la maindes empereurs d’Allemagne , loin de celledes rois de France ou des rois d’Espagne , tenant la balance entre les