COIS COUDAT.
145
<lc ménager les États romains. I! avait même envoyé Murat; qui com-mandait l'armcc française de la basse Italie , s'agenouiller au pied duIrène pontifical. Monsignor Consalvi avait donc deviné juste, et il enétait amplement récompensé, car, arrivé à Home, le pape l’avaitnommé cardinal secrétaire d'Etat, premier ministre du saint-siège,poste qu’il a conservé pendant la plus grande partie du pontificatde Pie VII .
C’est à la suite de ces événements, en quelque sorte miraculeux,que le pape, sur la demande du premier consul, avait envoyé à Parismonsignor Spina, prêtre génois, fin, dévot, avide, pour traiter detoutes les alfaires tant politiques que religieuses. D’abord monsignorSpina n’avait pris aucun titre officiel, tant le saint-père, malgré songoût pour le général Bonaparte, malgré son désir ardent d’un rappro*chôment, craignait d’avouer ses relations avec la république française.Mais bientôt en voyant arrivera Paris , à la suite des ministres de Prusseet d’Espagne qui s’y trouvaient déjà, ceux d’Autriche, de Russie , deBavière, de Naples , de toutes les cours enfin, le saint-père n’hésita plus,et permit à monsignor Spina de revêtir un caractère officiel, etd'avouer le but de sa mission. Le parti émigré français poussa de grandscris , et fit d’inutiles efforts pour empêcher, par ses remontrances, lerapprochement de l’Église avec la France , sachant bien que si lemoyen de la religion lui manquait pour agiter les esprits, il perdraitbientôt la meilleure de scs armes. Mais Pie VII , quoique chagriné,quelquefois même intimidé par ces remontrances, se montra décidé àplacer l’intérêt de la religion et du saint-siège au-dessus de toute con-sidération départi. Une seule raison ralentissait un peu ses excellentesrésolutions, celait l’espoir vague et peu sensé de recouvrer les léga-tions perdues lors du traité de Tolentino *.
Monsignor Spina, rendu à Paris , avait ordre de gagner du temps,
1 II n’existe pas une négociation plus curieuse, plus digne d’être méditée, quela négociation du concordat ; il n’en existe pas une sur laquelle les archives fran-çaises soient plus riches, car, outre la correspondance diplomatique de nos agents,et surtout la propre correspondance de l’abbé Bernier, nous possédons la corres-pondance de monsignor Spina et du cardinal Caprara avec le pape et le cardinalConsalvi . — La dernière nous a été conservée en vertu d’un article du concordat,d’après lequel les archives de la légation romaine, en cas de rupture, devaientrester en France . Les lettres de monsignor Spina et du cardinal Caprara, écritesen italien , sont un des monuments les plus curieux du temps, et donnent seulesle secret des négociations religieuses de cette époque, secret encore fort mal connuaujourd’hui, même après les divers ouvrages publiés sur cette matière.