190 LIVRE XIII.
sait les âmes de satisfaction et d'espérance. Tout le bien accompli, on Il’attribuait au premier consul, et on avait raison, car, d’après letémoignage de son collaborateur assidu, le consul Cambacérès , ildirigeait l’ensemble, soignait lui-même les détails, et faisait encoreplus dans chaque partie que ceux à qui elle était spécialementconfiée.
L’homme qui a régi la France de 1799 à 1815 a eu dans sa car-rière des jours de gloire enivrants, sans doute ; mais certainement nilui ni la France , qu’il avait séduite , n’ont traversé des jours pareils,des jours où la grandeur fût accompagnée de plus de sagesse, et sur-tout de cette sagesse qui fait espérer la durée. Il venait de donner,-après la victoire, la paix la plus belle, et celle qu’il n’a jamais obtenuedepuis, la paix maritime ; il avait donné après le chaos l’ordre le pluscomplet ; il avait laissé encore une certaine liberté, non pas toute laliberté désirable, mais celle du moins qui était possible le lendemaind’une révolution sanglante ; il n’avait fait à tous les partis que dubien ; excepté la déportation des cent et quelques prescripteurs révolu-tionnaires frappés sans jugement après la machine infernale , il avaitrespecté les lois ; et cet acte lui-même, coupable parce qu’il était illé-gal, on n’y pensait pas dans cette immensité de bien. L Europe enfin,réconciliée avec la république, sentant sans le dire qu elle avait eu torten voulant se mêler d’une révolution qui ne la regardait pas, et quela grandeur inouïe de la France était la juste conséquence d'uneagression injuste, héroïquement repoussée, l'Europe venait avec em-pressement déposer ses hommages aux pieds du premier consul, heu-reuse de pouvoir dire, pour sa dignité, qu’elle ne faisait la paixqu’avec un révolutionnaire plein de génie , restaurateur glorieux desprincipes sociaux.
Certes il fallait s’en tenir aux merveilles de ces premiers temps, etl’histoire, en parlant de ce règne, eût dit que rien de plus grand, deplus complet ne s était vu sur la terre. Tout cela était écrit sur le visageempressé, admirateur, de ces hommes de fous les rangs, de toutes lesnations, qui se pressaient autour du premier consul. Une aflluenceextraordinaire d’étrangers ét aient accourus à Paris, pour voir la France ,pour voir le général Bonaparte ; et la plupart d'entre eux se faisaientprésenter à lui par les ministres de leur gouvernement. Sa cour, car ils’en était fait une, sa cour était à la fois militaire et civile, sévère etélégante. Il y avait ajouté quelque chose depuis l’année précédente ; il