LE TRIBUKAT. 191
avait composé une maison militaire pour lui et les consuls, et donnéun entourage princier à madame Bonaparte .
La garde consulaire avait été formée de quatre bataillons d’infanterie,forts de douze cents hommes chacun, les uns de grenadiers, les autresde chasseurs, et de deux régiments de cavalerie, le premier de grena-diers à cheval, le second de chasseurs à cheval. Les uns et les autresétaient composés des plus beaux, des plus vaillants soldats de l’armée.Une artillerie nombreuse et bien servie complétait cette garde, et enfaisait une véritable division de guerre, pourvue de toutes armes, s’é-levant à environ G,000 hommes. Un brillant état-major commandaitcette troupe superbe. Il y avait un colonel par bataillon, et un généralde brigade par deux bataillons réunis. Quatre lieutenants généraux,un d’infanterie , un de cavalerie , un d’artillerie , un du génie, com-mandaient alternativement le corps entier, pendant une décade, etfaisaient le service auprès des consuls. C’était un corps d'élite, danslequel les meilleurs soldats trouvaient une récompense de leur bonneconduite, qui entourait le gouvernement d’un éclat conforme à son ca-ractère guerrier, et qui, le jour des batailles, offrait une réserve invin-cible. On se souvient que le bataillon des grenadiers de la garde con-sulaire avait presque sauvé l’armée à Marengo. A cet état-majorparticulier de la garde consulaire le premier consul avait ajouté ungouverneur militaire pour le palais des Tuileries , accompagné de deuxofficiers d’état-major, sous le titre d’adjudants. Ce gouverneur étaitl’aide de camp Duroc, toujours employé dans les missions délicates.Aucun officier n’était plus propre à faire régner dans le palais du gou-vernement l’ordre et la bienséance, qui convenaient aux goûts dupremier consul et à l’esprit du temps. Il fallait tempérer cet appareiltout militaire par un certain appareil civil. Un conseiller dÉtaf,M. Benezech, avait été chargé, pendant la première année, de présideraux réceptions, et d’accueillir avec les égards convenables, soit lesministres étrangers, soit les grands personnages admis auprès desconsuls. Quatre officiers civils, sous le titre de préfets du palais, rem-placèrent dans cet office le conseiller d’État Benezech. Quatre damesdu palais furent données à madame Bonaparte , pour l’aider à faire leshonneurs du salon du premier consul. Dès qu’il fut connu que celtenouvelle organisation du palais se préparait, de nombreuses prétentionss’élevèrent, même parmi les familles appartenant à ce qu’on appelaitl’ancien régime. Ce ne fut pas encore la haute noblesse, celle qui rem-