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LIVRE XIH.

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premier consul, quoiqu’il eût autant d'imagination que de profondeurd’esprit, n’avait jamais partagées, ou du moins ne partageait plus. Lejeune général Bonaparte était désenchanté, comme on l’est après unerévolution commencée au nom de l'humanité, et naufragée dans lesang. Il n’avait conservé en lui qu’un seul des premiers enchantementsde la révolution, celui de la grandeur, et le poussait à l’excès. Il étaittrop peu libéral pour plaire au chef des whigs, et trop ambitieux pourplaire à un Anglais . L’un et l'autre se froissèrent donc quelquefois pardes opinions contraires. M. Fox lit sourire le premier consul par uneilaïveté, par une inexpérience, singulières chez un homme quicomptait près de soixante ans. Le premier consul effraya quelquefoisle patriotisme britannique de M. Fox par la grandeur de ses desseinstrop peu dissimulés. Cependant ils se convinrent tous deux par l’espritel par le cœur, et furent enchantés l'un de l’autre. Le premier consulmil un soin infini à faire voir à M. Fox Paris tout entier, et quelque-fois voulut l'accompagner lui-même dans les établissements publics. Ily avait alors une exposition des produits de l’industrie française , quiétait la seconde depuis la révolution. Tout le monde était surpris desprogrès de nos manufactures, lesquelles, au milieu du trouble général,participant cependant à la commotion imprimée aux esprits, avaientune quantité de perfectionnements el de procédés nouveaux. Les étran-gers en paraissaient vivement frappés, surtout les Anglais , bons jugesen cette matière. Le premier consul conduisit M. Fox dans les sallesde cette exposition, qui avaient été disposées dans la cour du Louvre,el jouit quelquefois de la surprise de son hôte illustre. M. Fox, aumilieu des caresses dont il était l’objet, laissa échapper une saillie quihonore les sentiments et l’esprit de ce noble personnage, et qui prouveque chez lui la justice envers la France se conciliait avec le patriotismele plus susceptible. Il y avait dans une des salles du Louvre un globeterrestre, fort grand, fort beau, destiné au premier consul, et artiste-îiient construit. Un des personnages qui suivaient le premier consul,faisant tourner ce -globe, et posant la main sur l’Angleterre, dit assezmaladroitement que l’Angleterre occupait bien peu de place sur lacarte du monde. « Oui, s’écria M. Fox avec vivacité; oui, c’est danscette île si petite que naissent les Anglais , et c'est dans cette île qu’ilsveulent tous mourir; mais, ajouta-t-il en étendant les bras autour desdeux Océans et des deux Indes, mais pendant leur vie ils rem-plissent ce globe entier, et l’embrassent de leur puissance. » Le pre-