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LE TRIBUNAL.

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Qui croirait qu’eu présence de tant de bien, ou déjà fait, ou prêt àse faire, il put s’élever une opposition, et surtout une opposition vive?Il s’en préparait une cependant, et des plus violentes, contre lesœuvres les meilleures du premier consul. Ce n’était pas dans les partisviolents, radicalement opposés au gouvernement du premier consul,royalistes ou révolutionnaires, que cette opposition se préparait, maisdans le parti même qui avait désiré, secondé le renversement du direc-toire comme insuffisant-, et appelé un gouvernement nouveau, qui fûtà la fois habile et ferme. Les révolutionnaires subalternes, hommes dedésordre et de sang, étaient contenus, soumis ou déportés, et s’enfon-caient cbaqucjour davantage dans leur obscurité, pour n’en plus sortir.Les scélérats du royalisme, depuis la machine infernale, avaient besoinde reprendre haleine, et se tenaient en repos. On venait d’ailleurs deJàire passer par les armes une partie de ceux qui infestaient les grandesroutes. Les royalistes de haut parage, tenant toujours des discoursimpertinents dans les salons de Paris , laissaient déjà voir néanmoinsle penchant qui les amena plus tard à jouer, les hommes le rôle dechambellans, les femmes celui de dames d'honneur, dans le palaisdes Tuileries , que les Bourbons n'habitaient plus.

Mais le parti révolutionnaire modéré, appelé à composer le nouveaugouvernement, était divisé, comme il arrive à tout parti victorieuxqui veut fonder un gouvernement, et qui se divise sur la manière dele constituer. Dès les premiers jours du Consulat, ce parti, qui avaitconcouru de diverses manières au 18 brumaire, avait paru partagé endeux tendances contraires : l’une, consistant à faire aboutir la révo-lution à une république démocratique et modérée, comme celle queWashington venait d'établir en Amérique ; l’autre, à la faire aboutir àune monarchie, ressemblant plus ou moins à la monarchie anglaise,et, s’il le fallait même, à l'ancienne monarchie française, moins lespréjugés d’autrefois, moins le régime féodal, plus la grandeur. On en-trait dans la troisième année du gouvernement consulaire, et, sui-vant Posage, les deux tendances allaient s’exagérant par la contradic-tion même. Les uns redevenaient presque des révolutionnaires

qui avaient publiquement fléchi le genou devant lui toutes les fois qu’ils l'apor-eevaient.

» C’est là une des principales ca.uses de sa force et de son immense pouvoir,Comment les Français oseraient-ils lutter contre lui tant qu’ils voient toutes lespuissances européennes prosternées à ses pieds ? »