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LIVRE XIII.

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M. (le Tracy, esprit distingué , mais point religieux, philosophe ori-ginal dans une école qui lelait peu, caractère respectable; M. Garat,philosophe disert, plus prétentieux que profond ; M. Cabanis, voué àl’élude de l'homme matériel, et ne voyant rien au delà des bornes dela matière, M. Lanjuiuais, dévot sincère, honnête homme véhément,qui avait noblement défendu les girondins , et qui aujourd’hui s’é-chauffait volontiers à l’idée de résister au nouveau César. Ils entou-raient M. Sieyès et formaient dans le sénat une opposition déjà sen-sible. Le concordat leur paraissait, à eux comme à beaucoup d’autres,la preuve la plus frappante d’une contre-révolution prochaine.

Le premier consul, voyant la France et l’Europe enchantées deses œuvres, ne comprenait guère que les seuls improbatcurs de cesmêmes œuvres se trouvassent précisément autour de lui. Dépité decette opposition, il appelait les opposants du sénat des idéologues,menés par un boudeur qui regrettait l’exercice du pouvoir dont il étaitincapable ; il appelait les gens du tribunat des brouillons, auxquelsil saurait bien rompre en visière, et prouver qu’on ne l’effrayait pasavec du bruit ; il appelait les mécontents plus ou moins nombreux ducorps législatif, des piètres défroqués , des jansénistes, que l'abbéGrégoire, d’accord avec l’abbé Sieyès, cherchait à organiser en opposi-tion contre le gouvernement ; mais il disait qu’il briserait toutes cesrésistances, et qu’on ne l'arrêterait pas facilement dans le bien qu’ilvoulait accomplir. N’ayant pas vécu dans les assemblées, il ignoraitcet art déménager les hommes, que César lui-mème, si puissant qu’ilfût, ne négligeait pas, et qu’il avait appris dans le sénat de Rome . Lepremier consul exprimait son déplaisir, publiquement, audacieusement,avec le sentiment de sa force et de sa gloire, et n’écoutait guère le sageCambacérès , qui, fort expérimenté dans le maniement des assemblées,lui conseillait vainement la mesure et les égards. « Il faut, répondaitle premier consul, prouver à ces gens-là qu’on ne les craint pas; et ilsauront peur à condition qu’on n’ait pas peur soi-même. » C’étaitdéjà, comme on le voit, les mœurs, les idées de la royauté pure, àmesure qu’on approchait du moment où la monarchie allait devenirinévitable.

L’opposition n’éclatait pas seulement dans les corps de l’État, maisdans l’armée. La masse de l’armée, comme la masse de la nation, sensibleaux grands résultats obtenus depuis deux ans, était entièrement dé-vouée au premier consul. Toutefois, parmi les chefs, se trouvaient des