LF, TRIBUN AT.
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mécontents, les uns sincères, les autres seulement jaloux. Les mécontentssincères étaient les révolutionnaires de bonne foi, qui voyaient avecpeine le retour des émigrés, et l’obligation prochaine d’aller montrerleurs uniformes dans les églises. Les mécontents par jalousie étaientceux qui voyaient avec chagrin un égal, les ayant surpasses d’abord engloire, prêt maintenant à devenir leur maître. Les premiers apparte-naient davantage à l'armée d’Italie, qui avait toujours été franchementrévolutionnaire; les seconds, à l’année du Rhin , calme, modérée, maisun peu envieuse.
Les chefs de l’armée d’Italie , généralement dévoués au premierconsul, mais ardents dans leurs sentiments, n’aimant ni les prêtres niles émigrés, se plaignaient qu’on voulût faire d’eux des gens d’église,et disaient tout cela dans la langue originale et peu séante des soldats.Augercau , Lannes, mauvais politiques , mais guerriers héroïques,surtout le second, qui était un homme de guerre accompli, se per-mettaient les plus étranges discours. Lannes, devenu commandant enchef de la garde consulaire, en administrait la caisse avec une prodi-galité connue et autorisée par le premier consul. Un hôtel richementdéfrayé servait à l’ctat-major de cette garde. Lannes y tenait tableouverte pour tous ses camarades, et là, dans des festins soldatesques,se répandait en invectives contre la marche du gouvernement. Lepremier consul n’avait pas à craindre que le dévouement de ces soldatsoisifs en fût altéré à son égard. Au premier signal, il était sur de lesretrouver tous, et Lannes plus qu’aucun autre. Cependant il étaitdangereux de laisser aller plus loin ces tètes et ces langues, et ilmanda Lannes chez lui. Celui-ci, habitué à une grande familiaritéavec son général en chef, se permit quelques emportements, bientôtréprimés par la tranquille supériorité du premier consul. Il s’en allamalheureux de sa faute, malheureux du mécontentement qu’il avaitencouru. Dans un mouvement d’honorable susceptibilité, il voulutpayer les dépenses qui avaient pesé sur la caisse de la garde, du con-sentement du premier consul. Mais ce général, qui avait tant fait laguerre en Italie, ne possédait presque rien. Augercau, tout aussi in-considéré , mais excellent cœur, lui prêta une somme qui composaittout son avoir, et lui dit : « Tiens, prends cet argent, va trouver cetingrat pour lequel nous avons versé notre sang, rends-lui ce qui estdû à la caisse, et ne soyons plus ses obligés, ni les uns ni les autres. )Le premier consul ne permit pas à ces anciens compagnons d’armes,