LIVRE XIII.
204
héros et enfants tout à la fois, de s'affranchir de leur affection enverslui. Il les dispersa. Lannes fut destiné à une ambassade avantageuse,celle du Portugal. C’est le consul Cambacérès qui fut chargé de cet ar-rangement. Augereau eut ordre d’être plus circonspect à l’avenir, etde retourner à son armée.
Cependant ces scènes, fort exagérées par la malveillance qui les pro-pageait en lesdéfigurant, produisaient sur l’opinion publique, notammentdans les provinces, un effet fâcheux. Nulle part elles ne valaient unimprobaleur au premier consul, auquel on était disposé à donner raisoncontre toute opposition ; mais elles inspiraient l'inquiétude, et faisaientcraindre des difficultés graves pour le pouvoir dont on invoquait l’éta-blissement *.
Ces scènes avec les officiers de l'année d'Italie étaient des scènesd’amis, brouillés un jour, s’embrassant le lendemain. Elles avaientquelque chose de plus sérieux avec les généraux du Rhin , plus froidset plus haineux. Malheureusement une division funeste commençait àéclater entre le général en chef de l’année d'Italie et le général en chefde l'armée du Rhin, entre le général Bonaparte et le général Moreau.
Moreau, depuis la campagne d'Autriche , dont il devait le succès,du moins en partie, au premier consul, qui lui avait donné à commanderla plus belle armée de la France , Moreau passait pour le second généralde la république. Au fond personne ne se trompait sur sa valeur : on
1 Voici le passage d'une lettre de M. de Tallcyrand, qui, quelque temps après,s'était rendu à Lyon pour l'organisation de la consulte italienne :
« Général,
« J’ai l’honneur de vous informer de mon arrivée à Lyon aujourd’hui à uneheure et demie du matin. La route de Bourgogne , à six ou huit lieues près, n’eslpas très-mauvaise, et les préfets placés sur cette ligne de communication ont pro-fité du mouvement d’enthousiasme que répand l’espérance de votre passage, pourfaire suivre avec activité les travaux de la réparation des routes. Partout où j'aitrouvé quelques communes, quelques habitations, j'ai entendu des vive Bonaparte .Pendant les dix dernières lieues que j'ai faites au milieu de la nuit, chacun venaitsur mon passage une lumière à la main pour répéter les mêmes mots. C’est uneexpression que vous êtes constamment destiné à entendre.
a L’histoire du général Lannes s'était répandue et paraissait occuper beaucoup :le sous-préfet d'Autun, un citoyen d'Avallon m'en avaient parlé, mais avec descirconstances diverses, que des lettres de Paris leur avaient rapportées commeanecdotes. J'ai eu de nouveau occasion de remarquer à quel point tout ce qui atrait à votre personne s'empare de l’attention publique et devient sur-le-champl’occupation de la France . »