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LE TilIBUN'AT.

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savait bien que celait un esprit médiocre, incapable de grandes com-binaisons, et entièrement dépourvu de génie politique. Mais on s’ap-puyait sur ses qualités réelles de général sage, prudent et vigoureux,pour en faire un capitaine supérieur, et capable de tenir tête au vain-queur de l'Italie et de l'iigypte. Les partis ont un merveilleux instinctpour découvrir les faiblesses des hommes éminents. Ils les flattent, oules offensent tour à tour, jusqu'à ce qu ils aient trouvé l'issue par la-quelle ils peuvent pénétrer dans leur cœur, pour y introduire leurspoisons. Ils avaient bientôt trouvé le côté faible de Moreau, c'était lavanité. Ils lui avaient, en le flattant, inspiré contre le premier consulune jalousie fatale, qui devait le perdre un jour. Pour surcroît demalheur, Moreau venait de faire un mariage qui avait contribué à lejeter dans cette voie funeste. Les femmes des deux familles Bonaparteet Moreau s’étaient brouillées pour ces misères qui brouillent les femmesentre elles. Dans la famille de Moreau, on cherchait à lui persuaderqu’il devait être le premier et non le second; que le général Bonaparteétait mal disposé à son égard, qu'il cherchait à le déprécier et à lui fairejouer un rôle secondaire. Moreau, qui était dépourvu de caractère,n'avait que trop écouté ces dangereuses suggestions. Le premier consulcependant n’avait envers lui aucune espèce de tort; il l’avait, au con-traire, comblé de distinctions de tout genre; il avait affecté d'en direplus de bien qu’il n’en pensait, surtout à propos de la bataille de Hohen-linden, qu’il proclamait publiquement comme un chef-d’œuvre d’artmilitaire, tandis qu’en secret il la regardait plutôt comme une bonnefortune que comme une combinaison savante et réfléchie. Toujoursenfin il l'avait traité avec des égards étudiés, connaissant ses faiblesses,et sachant le parti qu’on ne manquerait pas de tirer du moindre défautde soin. Mais dès que Moreau se fut donné les premiers torts, il neresta pas en arrière, et, avec la promptitude ordinaire de son caractère,il les égala promptement. Un jour il offrit à Moreau de le suivre à unerevue ; Moreau refusa sèchement, pour n’ètre pas confondu dans l’état-major du premier consul, et donna pour excuse qu'il n’avait pas decheval à monter. Le premier consul, blessé de ce refus, lui renditbientôt la pareille. A l'une des grandes fêtes qu’on avait fréquemmentl’occasion de donner, tous les hauts fonctionnaires étaient invités à undîner aux Tuileries . Moreau était à la campagne ; mais, revenu la veillepour une affaire, il se rendit auprès du consul Cambacérès pour s’en-tretenir avec lui de l’objet qui l’amenait. Celui-ci, qui s’occupait sans