LIVRE XIII.
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cesse à concilier, accueillit Moreau de son mieux. Surpris de le voir àParis, ; il courut avertir le premier consul, et le pressa vivement d'in-viter le général en chef de l’année du Rhin au grand diner du lende-main. « Il m’a fait un refus public, répondit le premier consul, je nem'exposerai pas à en recevoir un second. » Rien ne put le vaincre, cl,le lendemain, tandis que tous les généraux et les hauts fonctionnairesde la république étaient aux Tuileries , assis à la table du premierconsul, Moreau se vengea d’avoir été négligé en allant publiquement,,et en habit civil, dîner dans un des restaurants les plus fréquentés dela capitale, avec une troupe d'officiers mécontents. Ce fait fut très-remarqué, et produisit un effet des plus fâcheux.
A partir de ce jour, c’est-à-dire de l'automne de 1801, les générauxBonaparte et Moreau se témoignèrent une extrême froideur. Tout lemonde le sut bientôt, et les partis hostiles se hâtèrent d'en profiter.Ils se mirent à exalter le général Moreau aux dépens du général Bona-parte, et cherchèrent à remplir ces deux cœurs du poison de la haine.Ces détails paraîtront peut-être bien au-dessous de la dignité del'histoire; mais tout ce qui fait connaître les hommes, les petitessesdéplorables même des plus grands, est digne de l’histoire ; car tout cequi peut instruire lui appartient. On ne saurait trop avertir les per-sonnages considérables de la futilité des motifs qui les brouillentsouvent , surtout quand leurs divisions deviennent celles de lapatrie.
L'ouverture de la session de l'an X eut lieu le 1" frimaire (22 no-vembre 1801), d’après levœu même de la constitution, qui la fixait àce jour-là. Certes, si jamais on a dû être fier de se présenter à uneassemblée législative, c’est avec ce qu’apportait alors le gouvernementconsulaire. La paix conclue avec la Russie , l’Angleterre , les puissancesallemandes et italiennes, le Portugal , la Porte, et conclue avec toutesces puissances à de superbes conditions ; un projet de conciliation avecl'Église, qui terminait les troubles religieux, et qui, en réformantl’église française d’après les principes de la révolution, obtenait ce-pendant l'adhésion des orthodoxes aux conséquences de cette révolution ;un code civil, monument admiré depuis du monde entier ; les loisd une haute utilité sur l’instruction publique, sur la Légion d hcnneur,et sur une infinité d’autres matières importantes ; des projets fii anciersqui plaçaient les dépenses et les revenus de l’État en parfait équilibre :quoi de plus complet, de plus extraordinaire, qu'un tel ensemble à