LE TRIBUN AT.
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cassante adoptée, on ne pouvait faire de plus dignes choix. Chose plussingulière encore, ils furent motivés dans un préambule. Le sens dupréambule avait une haute signification. « Vous avez la paix, disait legouvernement au sénat ; vous la devez au sang que les généraux ontversé en cent batailles. Prouvez-leur, en les appelant dans votre sein,que la patrie n’est pas ingrate envers eux. »
Le sénat s’assembla, et fut agité par beaucoup d’intrigues. M. Sieyès ,qui vivait habituellement à la campagne, la quitta dans celte occasion,et vint se mêler à ces intrigues. On entraîna beaucoup de bonnes gens,connue le vieux Kellennanu, par exemple, en leur disant que le corpslégislatif, si on préférait son candidat, c’est-à-dire l’abbé Grégoire,payerait cette préférence en proposant pour la seconde place vacante, legénéral Lamartillière, l’un des trois candidats du premier consul, etqu'alors en nommant un peu plus tard ce général, on satisferait deuxautorités en même temps, le corps législatif et le gouvernement. Cesmenées réussirent, et l’abbé Grégoire fut élu sénateur à une grandemajorité.
Tandis que ces choix de personnes agitaient les esprits, et causaièntune grande joie aux opposants, les discussions, dans le corps législatifet le tribunat, prenaient le caractère le plus fâcheux. Le traité avec laRussie , à l’occasion du mot sujets, était devenu l’objet des plus violentesdiscussions dans la commission du tribunat. M. Costaz, le rapporteurdé cette commission, qui n’était point du parti des opposants, avaitdemandé quelques explications au gouvernement. Le premier consull’avait reçu, lui avait expliqué lésons de l’article tant attaqué, lui avaitfait connaître le motif de son insertion au traité; et quant au mot sujets,lui avait prouvé, le dictionnaire de l’Académie à la main, que ce mot,employé diplomatiquement, s’appliquait aux citoyens d'une républiqueaussi bien qu’à ceux d’une monarchie. II lui avait même raconté, pourachever son édification, divers détails sur les relations de la France avecla Russie , touchant les émigrés. M. Costaz, convaincu par l evidence deces explications, fit son rapport dans un sens favorable à l'article euquestion; mais, intimidé par la violence du tribunat, il blâma l’emploidu mot sujets, et raconta les choses d’une manière assez maladroite,qui pouvait donner à la Russie l’apparence d’un gouvernement faible,livrant les émigrés au premier consul, et au premier consul l’apparenced’un gouvernement persécuteur, poursuivant les émigrés jusque dansleur asile le plus lointain. M. Costaz, comme il arrive souvent aux