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LIVRE XIII.

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hommes circonspects, qui veulent ménager tous les partis à la fois,déplut également aux opposants et au premier consul, qu'il compro-mettait avec la Russie .

Le jour de la discussion arrivé, c’était le 7 décembre 1801 (16 fri-maire ), le tribun Jard-Panvilliers demanda que le débat eût lieu encomité secret. Cette proposition fort sage fut adoptée. Dès que les tribunsturent délivrés de la présence du public, qui leur était d'ailleurs peufavorable, ils se livrèrent aux plus inconcevables emportements. Ilsvoulaient absolument rejeter le traité, et en proposer le rejet au corpslégislatif. Si jamais il y eut une folie coupable, c’était celle-là; car,pour un mol, juste d’ailleurs, et parfaitement innocent, rejeter untraité pareil, si long, si difficile à conclure, et qui procurait la paixavec la première puissance du continent, c’était agir en insensés et enfurieux. MM. Chénier et Benjamin Constant se livrèrent aux plus véhé-mentes déclamations. M. Chénier alla jusqu’à prétendre qu’il avait d’im-portantes choses à dire sur cette question ; mais qu'il ne les dirait quelorsque la séance serait publique, car il voulait que la France entièrepût les entendre. On lui répondit qu’il valait mieux commencer par lescommuniquer à ses propres collègues. Il recula cependant, et un tribuninconnu, homme simple et de bon sens, lit rentrer la raison dans lesesprits par une courte allocution. « Je n’entends rien, dit-il, à la di-plomatie ; je n’en sais ni l’art ni la langue. Mais je vois dans le traitéproposé un traité de paix. Un traité de paix est une chose précieuse, qu’ilfaut adopter en entier, avec tous les mots qu'il renferme. Croyez que laFrance ne vous pardonnerait pas un rejet, et que la responsabilité qui pè-serait sur vous serait terrible. Je demande donc que la discussion soit ter-minée, la séance rendue publique, et le traité mis immédiatement auxvoix.» Après ces courtes paroles, débitées avec calme et simplicité, on allaitVoter, lorsqu’un des opposants demanda le renvoi au lendemain, àcause de l’heure fort avancée. Le renvoi fut adopté. Le lendemain letumulte fut tout aussi grand que la veille. M. Benjamin Constant pro-nonça un discours écrit, très-développé, très-subtil. M. Chénier dé-clama de nouveau avec violence, disant que cinq millions de Français 'étaient morts pour nêtre plus sujets, et que ce mot devait rester ense-veli dans les ruinesdela Bastille. La majorité, fatiguée de ces violences,allait en finir, quand arriva une lettre du conseiller d'Élat Fleurieu,adressée au rapporteur Coslaz. M. Costaz avait donné comme officiellesles explications qu’il avait présentées dans son rapport, et avait voulu