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LIVIIE XIII.

ceux qui en faisaient un tel usage. Aussi tous les hommes sages trem*blaient-ils en voyant cet état de choses.

La discussion du code civil ne lit qu’accroître ces craintes. Aujour-d’hui que le temps a valu à ce code l'estime universelle, on n'imagi-nerait pas toutes les critiques dont il fut l’objet à celle époque. Lesopposants exprimaient d’abord un grand étonnement de trouver ce codesi simple, si peu nouveau. Comment, ce n’est que cela! disaient-ils;mais il n’y a dans ce projet aucune conception nouvelle, aucune grandecréation législative, qui soit particulière à la société française , quipuisse lui imprimer un caractère propre et durable : ce n’est qu’unetraduction du droit romain ou coutumier. On a prit Domat, Pothier,les Institutes de Justinien ; on a rédigé en français tous ce qu'ils con-tiennent ; on l'a divisé en articles ; on a lié ces articles par des numé-ros, bien plus que par une déduction logique ; et puis on vient pré-senter cette compilation à la France comme un monument qui a droità son admiration et à ses respects ! MM. Benjamin Constant , Chénier,(ringuené, Andrieux, tous dignes de mieux employer leur esprit,raillaient les conseillers d’État, disaient que c’étaient des procureursconduits par un soldat, qui avaient fait cette plate compilation, fas-tueusement appelée le code civil de la France .

M. Portalis et les hommes de sens qui étaient ses collaborateurs,répondaient qu’en fait de législation, il ne s'agissait pas d etrc original,mais clair, juste et sage ; qu’on n’avait pas une société nouvelle à con-stituer, comme Licurgue ou Moïse , mais une vieille société à réformeren quelques points, à restaurer en beaucoup d'autres; que le droitfrançais se faisait depuis dix siècles; qu’il était tout à la fois le pro-duit de la science romaine, de la féodalité, de la monarchie, et del’esprit moderne, agissant ensemble pendant une longue durée detemps sur les mœurs françaises; que le droit civil de la France , résul-tant de ces causes diverses, devait être assorti aujourd’hui à une sociétéqui avait cessé d être aristocratique pour devenir démocratique ; qu’ilfallait, par exemple, revoir les lois sur le mariage, sur la puissancepaternelle, sur les successions, pour les dépouiller de tout ce qui répu-gnait au temps présent; qu’il fallait purger les lois sur la propriété detoute servitude féodale , rédiger cet ensemble de prescriptions dans unlangage net, précis, qui ne donnât plus lieu aux ambiguïtés, aux con-testations interminables, et mettre le tout dans un bel ordre; quec’était là le seul monument à élever, et que, si, contrairement à l’in-