LIVRE XIII.
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premier consul était comme d’usage eu uniforme ; son visage paraissaitanimé, on s’attendait à quelque scène violente. On fit cercle autour delui. « Vous ne voulez donc plus, dit-il, nommer des généraux? Cepen-dant vous leur devez la paix : ce serait le moment de leur témoignervotre reconnaissance. » Après ces premiers mots, les sénateurs Keller-mann, François de Neufchàteau et d’autres furent rudement interpellés.Us se défendirent assez mal. Puis la conversation redevint générale, etle premier consul reprit la parole en dirigeant ses regards du côté deAl. Sieyès . « Il y a des gens, dit-il à très-haute voix, qui veulent nousdonner un grand électeur, et qui songent à un prince de la maisond'Orléans. Ce système, je le sais, a des partisans même au sénat. »Ces paroles faisaient allusion à un projet vrai ou faux, attribué àAI. Sieyès , et que ses ennemis lui prêtaient auprès du premier consul.AI. Sieyès , en entendant ces paroles offensantes, se retira en rougissant.Le premier consul, s’adressant alors aux sénateurs réunis, ajouta :
« Je vous déclare que si vous nommez AI. Daunou sénateur, je pren-drai cela pour une injure personnelle, et vous savez que je n’en aijamais souffert aucune. »
Celte scène effraya la masse des sénateurs présents, e( affligea lesplus sages. Ceux-ci voyaient avec peine qu’on poussât à une telle irrita-tion un homme si grand, si nécessaire, mais si peu maître de lui quandil était offensé. Les malveillants s’en allèrent, criant que jamais onn'aiait traité les membres des corps de l'Étal d’une manière plus indé-cente et plus insupportable. Cependant le coup était porté. La pouravait pénétré dans ces âmes haineuses mais timides, et cette bruyanteopposition allait s’humilier tristement devant l’homme qu’elle avaitvoulu braver.
Les consuls discutèrent entre eux le parti à prendre. Le généralBonaparte était résolu à un éclat et à un acte violent. S’il avait eu la fa-culté légale de dissoudre le tribunat et le corps législatif, la solutioneût été facile par des voies régulières, et elle eût amené, par une élec-tion générale, une majorité tout à fait favorable aux idées du premierconsul. Il est vrai qu’une élection générale aurait exclu en masse leshommes de la révolution, et fait surgir des hommes entièrement nou-veaux, animés plus ou moins de sentiments royalistes, tels que ceuxcontre lesquels il avait fallu faire le 18 fructidor, ce qui eût été unmalheur d'un autre genre. Tant il est vrai qu'au lendemain d'une ré-volution sanglante, qui avait profondément irrité les esprits les uns