Band 
[3. - 4.]
Seite
226
JPEG-Download
 

LIVRE XIII.

226

premier consul, sans s’humilier trop profondément. On ne songeaitplus h prendre M. Daunou, depuis la scène faite aux sénateurs, dansl’audience du 2 janvier. Cependant M. Daunou avait été présenté pardeux corps à la fois, le corps législatif et le tribunat. Préférer le can-didat du gouvernement à un candidat qui avait pour lui la double pré-sentation des deux assemblées législatives , c’était se jeter trop ouver-tement aux genoux du premier consul. On imagina un assez pauvresubterfuge, qui ne sauva pas la dignité du sénat, et qui ne fit quemettre son embarras dans un plus grand jour. Il s’assembla le lende-main, 4 janvier (14 nivôse). La présentation de M. Daunou par lecorps législatif avait été résolue le 30 décembre, celle du général La-martillière, le 3 janvier. Le sénat supposa que la résolution du 30 dé-cembre n’était pas communiquée, que celle du 3 janvier l’était seule,et'que le général Lamartillière était, par conséquent, l’unique candidatconnu du corps législatif. Il joignit à ce subterfuge une autre ruseplus mesquine encore. On remplissait la seconde des trois places va-cantes ; or, le général Lamartillière était le premier, le général Jourdanle second , sur la liste du premier consul. On crut donc pouvoir con-sidérer le général Jourdan comme le candidat du gouvernementpour la place actuellement vacante. Alors le sénat libella ainsi sa dé-cision :

« Vu le message du premier consul du 25 frimaire, parlequel il présente le général Jourdan ; vu le message du tribu-nat du 11 nivôse , par lequel il présente le citoyen Daunou •vu enfin le message du corps législatif du 13 nivôse , par lequelil présente le général Lamartillière , le sénat adopte le général La-martillière et le proclame membre du sénat conservateur. » Parce moyen , le sénat semblait avoir adopté , non pas le candidat dupremier consul, mais celui du corps législatif. C’était ajouter à la hontede la soumission , la honte d’un mensonge qui ne trompait personne.Certes on faisait bien de reculer devant un homme indispensable, sanslequel la France eût été plongée dans le chaos, sans lequel pas un desopposants n’eût été assuré de conserver sa tête; mais il ne fallait pasalors l'offenser, quand on savait qu’on ne pourrait pas pousser l’offensejusqu’au bout.

Les opposants du tribunat jetèrent les hauts cris contre la faiblessedu sénat, faiblesse qu’ils devaient bientôt imiter, et surpasser eux-înêmes.