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LE TR1BUNAT.

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Le plan adopté par le gouvernement fut immédiatement mis à exé-cution. Les travaux législatifs furent suspendus, et on annonça publi-quement que le premier consul allait quitter Paris, pour faire à Lyon un voyage de près d’un mois. L’objet de ce voyage avait la grandeuraccoutumée des actes du général Bonaparte. Il s’agissait de consti-tuer la république cisalpine , et cinq cents députés, de tout âge, detoute condition, passaient en ce moment les Alpes , par un hiver ri-goureux, pour former à Lyon une grande diète, sous le nom de con-sulte, et recevoir de la main du général Bonaparte, des lois, des ma-gistrats, un gouvernement tout entier. Il avait été convenu que chacunferait la moitié du chemin, et Lyon avait été jugé, après Paris , lepoint le plus convenable pour un pareil rendez-vous. De vastes préjra-ratifs étaient déjà faits dans cette ville, pour cet imposant spectaclepolitique. On devait même l’entourer d’un grand appareil militaire,car les vingt-deux mille hommes restant de l’armée d’Égypte , dé-barqués à Marseille et à Toulon par la marine anglaise, étaient enmarche sur Lyon , pour y être passés en revue par leur ancien gé-néral.

On ne s’occupa plus du corps législatif ni du tribunat. On les laissadans une parfaite oisiveté, sans leur expliquer d’aucune façon les pro-jets que le gouvernement pouvait avoir conçus. La constitution necontenait pas plus la faculté de prorogation que celle de dissolution.On ne renvoya donc pas les deux assemblées, mais on ne leur fournitaucun travail. On avait retiré, outre les lois du code civil, une loi re-lative au rétablissement de la marque pour le crime de faux. Ce Crime,par suite des circonstances de la révolution, s’était multiplié d’unemanière effrayante. Tant de pièces exigées par les règles nouvelles dela comptabilité, tant de certificats de civisme, naguère indispensablespour n’être pas considéré comme suspect, tant de certificats de pré-sence demandés aux émigrés rentrés pour les purger du délit d’émi-gration, tant de constatations de tout genre, exigées et fournies parécrit, avaient donné naissance à une détestable classe de criminels : c’é-taient les faussaires. Ils infestaient la région des affaires, comme na-guère les brigands infestaient les grands chemins. Le premier consulavait voulu une peine spéciale contre eux, comme il avait voulu unejuridiction spéciale contre les dévastateurs des grandes routes, et ilvenait de proposer la marque. Le crime de faux enrichit, disait-il ; unfaussaire qui a fini sa peine rentre dans la société, et avec du luxe il