LE TRIBÜNAT.
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des moyens les inquiétait, et ils auraient voulu que les troupes fussentembarquées sur des bâtiments de commerce. On réussit pourtant àleur faire entendre raison ; ils se résignèrent à laisser passer cet im-mense armement, en envoyant toutefois une escadre d'observation. Ilspromirent même de mettre toutes les ressources de la Jamaïque envivres et munitions à la disposition de l'armée française , moyennant,bien entendu, le payement de ce qui serait fourni. La principale di-vision navale, formée à Brest , mit à la voile le 14 décembre. Lesautres suivirent à peu de distance. A la fin de décembre toute l'expé-dition était en mer, et devait par conséquent être arrivée à Saint-Domingue, quel que fût le résultat des négociations d’Amiens .
Ces négociations, conduites par lord Cormvallis et Joseph Bonaparte ,marchaient lentement, sans néanmoins faire craindre une rupture. Lapremière cause du retard avait été dans la composition meme du con-grès , qui devait comprendre non-seulement les plénipotentiairesfrançais et anglais, mais aussi les plénipotentiaires hollandais etespagnol ; car, d’après les préliminaires , la paix devait être conclueentre les deux grandes nations belligérantes et tous leurs alliés.L'Espagne , qui d’une extrême intimité avait passé presque à l’inimitié,contrariait le premier consul en n’envoyant pas son plénipotentiaireau congrès. Çomme, au fond, elle savait que là paix était certaine, etquelle n’avait à figurer dans le protocole que pour l’abandon de laTrinité , elle ne se hâtait guère de faire arriver son négociateur. LesAnglais, de leur côté, voulaient voir au congrès d’Amiens un plénipo-tentiaire espagnol , pour obtenir une cession en forme de l'ile de laTrinité. Ils annonçaient même ne vouloir pas négocier, si le plénipo-tentiaire espagnol n était pas présent. Le premier consul fut obligé de.prendre avec la cour d’Espagne un ton qui réveillât son apathie, et ilordonna au général Sainl-Cyr, devenu ambassadeur à la place de Lucien,de mettre sous les yeux du roi et de la reine la conduite extravagantedu prince de la Paix , et de leur déclarer que, si on continuait à saconduire dans ce système, cela finirait par un coup de tonnerre 1 .
1 Voici celle lettre, fort importante pour apprécier les relations de la France avec l’Espagne à cette époque :
Au citoyen Saint-Cyr, ambassadeur à Madrid .
10 frimaire an X (1er décembre 1801).
Je ne comprends plus rien, citoyen ambassadeur, à la conduite du cabinet deMadrid . Je vous charge spécialement de faire toutes les démarches pour faire ouvrir