LIVRE XIII.
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Le ministre espagnol destiné à figurer au congrès d'Amiens ,M. Cainpo-Arlangc, était malade en Italie. L'Espagne se décida enfinà donner à M. d'Azara, ambassadeur à Paris , l’ordre de se rendre aucongrès. Celte difficulté levée avec les Espagnols , il y en avait uneautre à lever avec les Hollandais. Le plénipotentiaire hollandais,M. Scliimmelpenninck , ne voulait pas admettre la base des prélimi-
les yeux à ce cabinet, pour qu'il prenne une inarclic régulière et convenable. Lesujet me parait tellement important, que je crois devoir vous en écrire moi-même.
La plus intime union régnait entre la France et l'Espagne lorsque sa majestéjugea à propos de ratifier le traité de Badajoz .
VI. le prince de la Paix passa alors à notre ambassadeur une note dont j’ordonnequ'on vous envoie la copie. Cette note était trop pleine d’injures grossières pourque je dusse y faire attention. Peu de jours après, il remit à l'ambassadeur fran-çais à Madrid une note dans laquelle il déclarait que sa majesté catholique allaitbiire sa paix particulière avec l’Angleterre, .l'ordonne également qu’on vous enenvoie copie. Je sentis alors combien je pouvais peu compter sur les cfiorts d'unepuissance dont le ministre s’exprimait avec si peu d'égards, et montrait un tcjdérèglement dans sa conduite. Connaissant pleinement la volonté du roi, je luiaurais fait connaître directement la mauvaise conduite de son ministre, si la ma-ladie de sa majesté ne fût survenue sur ces entrefaites.
J'ai fait prévenir plusieurs fois la cour d’Espagne que son refus d’exécuter laconvention de Madrid, c’est-à-dire d’occuper le quart du territoire portugais , en-traînerait la perte de la Trinité : elle n'a tenu aucun compte de ces observations.
Bans les négociations qui ont eu lieu à Londres, la France a discuté les intérêtsde 1 Espagne comme elle, l'aurait fait pour elle-même ; mais enfin sa majesté bri-tannique n'a jamais voulu se désister de la Trinité, et je n’ai pas pu m’y opposer,d’autant plus que l'Espagne menaçait la F’rance, par une note officielle, d'une né-gociation particulière : nous ne pouvions plus compter sur son secours pour lacontinuation de la guerre.
Le congrès d'Amiens est réuni, et la paix définitive sera promptement signée .cependant sa majesté catholique n‘a pas encore fait publier les préliminaires, nifait connaître de quelle manière elle voulait traiter avec l’Angleterre. Il devientcependant bien essentiel pour sa considération en Europe , pour les intérêts de sacouronne, qu’elle prenne promptement un parti, sans quoi la paix définitive serapromptement signée sans sa participation.
L'on m'a dit qu’à Madrid on voulait revenir sur la cession de la Louisiane : laFrance n’a manqué à aucun traité fait avec elle, et elle ne souffrira pas qu’aucunepuissance lui manque à ce point. Le roi de Toscane est sur son trône et en posses-sion de ses Etats, et sa majesté catholique connaît trop la foi qu’elle doit à sesengagements, pour refuser plus longtemps la mise en possession de la Louisiane .
•Te désire que. vous fassiez connaître à leurs majestés mon extrême mécontente-ment de la conduite injuste et inconséquente du prince delà Paix .
Bans le dernier mois, ce ministre n'a épargné ni notes insultantes, ni démarcheshasardées : tout ce qu’il a pu faire contre la France , il l’a fait. Si l'on continue dansce système, dites hardiment à la reine et au prince de la Paix que cela finira parun coup de tonnerre.