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LIVRE XIII.

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toutes les probabilités devait être prochaine ; l’Étrurie elle-même pou-vait lui être rendue s'il le fallait. Il était donc facile de reprendre ceplan ultérieurement, et c'était en poser un premier et large fonde-ment, que de constituer la Cisalpine en république indépendante.D'ailleurs, il valait peut-être mieux, dans le moment, ne pas avouertout entier le projet d’une régénération italienne, pour ne pas effarou-cher l’Europe . Mais morceler les belles provinces qu’on possédait actuel-lement, comme le proposait M. de Talleyrand , pour construire unepetite monarchie de plus au profit d’un prince autrichien, c’était don-ner l’Italie à l’Autriche , car cc prince, quoi qu’on fit, serait, toujoursautrichien, et les peuples eux-mêmes, dont on aurait indignementtrahi les espérances, concevant pour la France une haine méritée,reviendraient aux Allemands par ressentiment et par désespoir.

Le général Bonaparte , qui avait acquis sa première et peut-être saplus belle gloire en délivrant l’Italie des mains de l’Autriche , nepouvait commettre une telle faute. Il adopta un système moyen, quin’empêchait pas plus tard un vaste système d’indépendance italienne,qui devait même en être le commencement.

Il donna donc à la république cisalpine toute la Lombardie jusqu’àl’Adige, les légations, le duché de Modène , tout ce qu elle avait, en unmot, à la paix de Campo-Formio. Le duché de Parme restait ensuspens : le Piémont appartenait dans le moment à la France. La Cisal-pine , telle qu’on la constituait, comptait près de cinq millions d’habi-tants. Elle pouvait aisément produire un revenu de 70 à 80 millions,et entretenir une armée de 40,000 hommes, qui n’absorberait pasau delà de la moitié de son revenu, et laisserait des ressources suffi-santes pour payer convenablement son administration. Elle était cou-verte en avant par les Alpes et l'Adige ; elle avait à gauche le Piémont devenu français, à droite l’Adriatique : en arrière la Toscane , placéesous la dépendance de la France . Elle était donc entourée de tout côtépar notre protection. D’immenses travaux de fortifications ordonnéspar le général Bonaparte, avec une sûreté de coup d’œil et une expé-rience du pays, que personne au monde ne pouvait posséder au mêmedegré, devaient la rendre inaccessible aux Autrichiens, et toujourssecourable à temps par la France. L’Adige était fortifié, depuis Rivolijusqu’à Legnago, de manière à ne pouvoir pas être franchi. Les envi-rons du lac de Garda, et notamment la position de la Rocca d’Anfo,étaient assez bien fermés, pour que la ligne de l’Adige ne pût pas être