Band 
[3. - 4.]
Seite
242
JPEG-Download
 

242 LIVRE XIII.

du bien, et, en tout cas, il avait sans contredit le droit d’en agirainsi; car cet État nouveau naissait d’un pur acte de sa volonté, et, enle créant d’une manière spontanée, il avait bien le droit de le créerconformément à sa pensée, qui, en cette occasion, était parfaitementpure et élevée.

Mais, entre toutes ces nominations, la plus difficile à faire étaitcelle d’un président. L’Italie , toujours gouvernée par des prêtres oudes étrangers, n’avait pu enfanter des hommes d’État ; elle n’avait pasà produire un seul nom, devant lequel les autres dussent consentir às’effacer. Le premier consul imagina encore de se faire donner le titrede président, en nommant un vice-président choisi parmi les prin-cipaux personnages italiens, auquel il déléguerait le détail des affaires,en se réservant leur direction supérieure. C était, pour les débuts decette république, le seul système de gouvernement convenable. Livréeà ses’ propres choix et à un président italien, elle eût été bientôtcomme un vaisseau sans boussole, abandonnée à tous les vents. Admi-nistrée, au contraire, par des Italiens , et dirigée de loin par l’hommequi était son créateur, et devait longtemps encore demeurer son pro-tecteur, elle avait grande chance, dans ce système, d’être à la fois indé-pendante et bien gouvernée.

A tout cela il fallait ajouter une imposante solennité, dans laquellela constitution serait donnée au nouvel État, et toutes les autoritésproclamées. Cet acte de création ne pouvait avoir trop d’éclat. Il fallaitparler à la fois à l’Italie et à l’Europe . Le premier consul conçut leprojet d’une vaste réunion de tous les Italiens à Lyon , car c’était troploin pour eux de venir à Paris, et trop loin pour lui d’aller à Milan .La ville de Lyon, qui est placée au revers des Alpes , et dans laquellerilaiie s’était assemblée autrefois en concile, était le lieu le plus natu-rellement indiqué. Le premier consul mettait d’ailleurs un véritableintérêt à mêler ensemble les Français et les Italiens. Il croyait mêmeservir par là le rétablissement du commerce des deux pays, car c’est àLyon que s’échangeaient autrefois les produits de la Lombardie avec lesproduits de nos provinces de l’est.

Une partie de ces idées fut communiquée par M. de Talleyrand auxItaliens qu’on avait à Paris , c est-à-dire à MM. Marescalclii, Aldini,Serbelloni et Melzi . On ne leur tut que celle qui consistait à déférerla présidence au premier consul. On voulait la faire sortir dun éland’enthousiasme, au moment même de la réunion de la consulte. Les