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LIVRE XIV.
opposition, encouragée par sa patience, serait peut-être devenue plusqu'incommode, mais dangereuse et même insurmontable, si la majo-rité du corps législatif et du sénat avait fini par y prendre part, ce quiétait possible. Celte excuse a un certain fondement, et elle prouvequ’il y a des temps où la dictature est nécessaire, même aux pays libres,Ou destinés à l ctre.
Quant à cette opposition du tribunal, elle n'a pas mérité les élogesqu'on lui a eléccrnés souvent. Inconséquente et trac-assièrc, elle résistaau code civil, au rétablissement des autels, aux meilleurs actes enfindu premier consul, et regarda en silence la proscription des malheureuxrévolutionnaires, déportés sans jugement pour cette machine infernaledont ils n étaient pas les auteurs. Les tribuns s étaient tus alors, parceque la terrible explosion du 3 nivôse les avait glacés d'effroi, et qu'ilsn’osaient pas défendre les principes de la justice, dans la personned'hommes qui la plupart étaient couverts de sang. Le courage qu'ilsn’eurent pas pour blâmer une illégalité flagrante, ils le trouvèrenttristement pour entraver des mesures excellentes! Si, du reste, unsentiment sincère de liberté inspirait beaucoup d’entre eux. chez d’autreson pouvait apercevoir ce fâcheux sentiment d’envie, qui auimait le tri-bunat contre le conseil d’Élal, les hommes réduits à ne l ier, faire, contreceux qui avaient le privilège de tout faire. Ils commirent donc de gravesfautes, et malheureusement en provoquèrent de non moins graves dela part du premier consul : déplorable enchaînement, que l'histoireobserve si souvent dans notre univers agité, dont les passions sont l'é-ternel mobile.
11 fallait remplacer le cinquième exclu, dans le corps législatif et letribunal. La majorité, qui avait prononcé les exclusions, prononça lesnouvelles admissions, et le fit de la manière la plus satisfaisante pourle gouvernement consulaire. On se servit pour les nouveaux choix des■listes de notabilité imaginées par M. Sieyès , comme base principalede la constitution. Malgré les efforts du conseil d'État, pour trouverune manière convenable de former ces listes, aucun des systèmes ima-ginés n’avait racheté l’inconvénient du principe. Elles étaient lentes etdifficiles à former, parce quelles inspiraient peu de zèle aux citoyens,qui ne voyaient dans cette vaste présentation de candidats aucun moyendirect et immédiat d’influer sur la composition des premières autorités.Elles n’étaient en réalité qu’une manière de sauver les apparences, etde dissimuler la nécessité, alors inévitable, de la compos tion des grands