CONSULAT A VIE.
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qui, sauf les coups de canon, ressemblait assez à la guerre, on avaitpeu joui des bienfaits de la paix. Le haut commerce, qui en Angle-terre était la classe la plus intéressée à une reprise d’hostilités, parceque la guerre lui valait le monopole universel, avait cru se dédom-mager de ce qu'il perdait fn faisant des expéditions nombreuses pour lesports de France . Il y avait trouvé des règlements prohibitifs, quiétaient nés d’une lutte violente, et qu’on n’avait pas eu le temps d’a-doucir. Le peuple, qui espérait l’abaissement du prix des denréesalimentaires, n’avait pas vu jusqu'ici se réaliser son espérance, car il fal-lait un traité définitif pour vaincre les spéculateurs qui tenaient le prix:des céréales encore très-élevé. Enfin les grands propriétaires qui souhai-taient la réduction de tous les impôts, les classes moyennes qui deman-daient la suppression de Y income-ta.v, n’avaient point encore recueilliles fruits promis de la pacification du monde. Un peu de désenchante-ment avait donc succédé à cet engouement inouï pour la paix, qui,six mois auparavant, avait saisi subitement le peuple anglais, peupletout aussi sujet à engouement que le peuple français. Mais, plus quetout le reste, les scènes de Lyon avaient agi sur son imagination om-brageuse. Cette prise de possession de l’Italie , devenue si manifeste,avait paru pour la France et pour son chef quelque chose de si grand,que la jalousie britannique en avait été vivement excitée. C’était unargument de plus pour le parti de la guerre, qui déjà ne manquait pasde dire que la France allait s'agrandissant toujours, et l’Angleterre serapetissant à proportion. Une nouvelle récente et très-répandue agis-sait également sur les esprits : c'était celle d’une acquisition considé-rable faite par les Français en Amérique. On avait vu la Toscane donnée sous le litre de royaume d'Étruric à un infant, sans connaîtrele prix de ce don fait à l’Espagne . Maintenant que le premier consulréclamait à Madrid la cession de la Louisiane , qui était l’équivalent sti-pulé de la Toscane , celle condition du traité se trouvait divulguée ; etce fait, joint à l’expédition de Saint-Domingue , révélait des projetsnouveaux et vastes en Amérique . A tout cela on ajoutait qu’un portconsidérable était acquis par la France dans la Méditerranée, c'é-tait celui de lile d’Elbe, échangée contre le duché de Piombino .
Ces divers bruits répandus à la fois, pendant que la consulte, réunieà Lyon, décernait au générai Bonaparte le gouvernement de l’Italie ,avaient rendu à Londres un peu de force au parti de la guerre, lequelavait été obligé jusqu’ici de se renfermer dans une extrême réserve, et