270
LiVRE XIV.
taire ou autre, laite au clergé, devait être constituée en rentes.
Telle est en substance la sage et profonde loi qui porte le nomd 'articles organiques. Elle était pour le gouvernement français unacte tout intérieur, qui le regardait seul, et qui, à ce titre, ne devaitpas être soumis au saint-siège. Il suffisait qu elle ne contint rien decontraire au concordat, pour que la cour de Rome 11e fût pas raisonna-blement fondée à se plaindre. La lui soumettre, c’était se préparer desdifficultés interminables, difficultés plus grandes, plus nombreuses quecelles qu’avait rencontrées le concordat lui-même. Le premier consuln’avait garde de s’y exposer. Il savait bien qu’une fois le culte publi-quement rétabli, le saint-siège ne romprait pas la nouvelle paix entrela France et Rome, pour des articles concernant la police intérieure dela république. Il est bien vrai que plus tard ces articles sont devenusl’un des griefs de la cour de Rome contre Napoléon, mais ils furent unprétexte plutôt qu'un grief véritable. Ils avaient été , du reste, com-muniqués au cardinal Caprara , qui 11e parut point révolté à leur lec-ture ', à en juger toutefois par ce qu'il écrivit à sa cour. Il lit quelquesréserves et conseilla au saint-père de ne point s’en affliger, espérant,disait-il, que ces articles ne seraient pas exécutés à la rigueur.
La loi des articles organiques rédigée, et discutée en conseild’Élat, il fallait s’occuper du personnel du clergé. C’était un travailconsidérable, car il y avait une multitude de choix à examiner de très-près, avant de les arrêter définitivement. M. Portalis, que le premierconsul avait chargé de l’administration des cultes, et qui était émi-nemment propre, soit à traiter avec le clergé, soit à le représenterauprès des corps de l'État, et à le défendre par une élocution douce ,brillante, empreinte dune certaine onction religieuse, M. Portalisrésistait ordinairement au saint-siège avec une fermeté respectueuse.Cette fois il s’était fait en quelque sorte l'allié du cardinal Capraradans une prétention de la cour de Rome, celle d’exclure complètementle clergé constitutionnel des nouveaux sièges. Le pape, tout émuencore d’un acte aussi exorbitant à ses yeux que la déposition desanciens titulaires, voulait au moins s’en dédommager en éloignant del’épiscopat les ministres du culte qui avaient pactisé avec la révolutionfrançaise et prêté serment à la constitution civile. Depuis que le con-cordat était signé, c’est-à-dire depuis environ huit à neuf mois, le
1 Ces assertions sont fondées sur la'correspondance m m ‘ du cardinal Caprara.