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LIVRE XIV.

les réconcilierez avec l'église romaine; je les obligerai à être soumisau concordat, et tout ira bien. Du reste, c’est chose résolue, n’y reve-nez plus. » Le grand consul, comme l’appelait le cardinal, si on insis-tait, s'animait vite; et le cardinal s'arrêtait, car il l'admirait, l'aimait,le craignait également, et disait au saint-père : « N’irritons pas cethomme! lui seul nous soutient dans ce pays, où tout le monde estcontre nous. Si son zèle se refroidissait un instant, ou si par malheuril venait à mourir, il n'y aurait plus de religion en France . » Le car-dinal, quand il n’avait pas réussi, s'efforcait néanmoins de paraîtresatisfait, car le général Bonaparte aimait à voir les gens contents, etprenait de l'humeur quand on se présentait à lui avec un visage cha-grin. Le cardinal se montrait donc toujours doux et serein, et avait,parce moyen, trouvé l'art de lui plaire. Il voyait d’ailleurs les peinesqu'avait le général Bonaparte, et il n’aurait pas voulu les accroître. Legénéral, à son tour, s’efforcait d'expliquer au cardinal les susceptibi-lités, les ombrages de l’esprit français ; et, malgré sa puissance, il fai-sait autant d’efforts pour le convaincre, que le cardinal en pouvait fairede son côté pour l’amener à scs vues. Un jour, impatienté des instancesdu légat, il le fit taire par cette parole à la fois gracieuse et profonde.« Tenez, lui dit-il, cardinal Caprara, possédez-vous encore le don desmiracles? le possédez-vous?... en ce cas, employez-le, vous me rendrezgrand service. Si vous ne l’avez pas, laissez-moi faire; et, puisque jesuis réduit aux moyens humains, permettez-moi d’en user comme jel'entends pour sauver l'Église. «

C’est un spectacle curieux et saisissant, conservé tout entier dans lacorrespondance du cardinal Caprara; que celui de ce puissant hommede guerre, déployant tour à tour une finesse, une grâce, une véhémenceextraordinaires, pour persuader le vieux cardinal, théologien et diplo-mate. Tous deux étaient ainsi arrivés au moment de la publication duconcordat, sans avoir pu se convaincre. M. Portalis, qui, sur ce pointuniquement, était de l’avis du saint-siège, n’osa pas, comme il le vou-lait d'abord, exclure fout à fait les constitutionnels de ses propositionspour les soixante sièges à remplir, mais il n'en présenta que deux.S'étant entendu avec l’abbé Bernier pour les choix à faire dans le clergéorthodoxe, il avait proposé les membres les plus éminents cl les plussages clc l’ancien épiscopat, et, en assez grand nombre, des curés esti-mables, distingués par leur piété, leur modération et la continuationde leurs services pendant la terreur. Il disait avec l'abbé Bernier (pie