LES SÉCULARISATIONS.
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point, c'était Passau. La cour de Vienne voulait, comme on l’a vu, quecette place fût donnée à l’archiduc avec levcché lui-même. Les troupesautrichiennes étaient aux portes de Passau , et n’avaient qu’un pas àfaire pour les franchir. La tentation devait être grande, et les prétextesne manquaient pas. En effet, le malheureux évêque , en voyant appro-cher les troupes bavaroises, s’était adressé à l’empereur, protecteurnaturel de tout État d’empire exposé à des violences. Le plan qui don-nait son évêché, partie à la Bavière , partie à l’archiduc Ferdinand,n’était encore qu’un projet, point encore une loi d’empire, et jusque-là on pouvait en considérer l’exécution comme un acte illégal. Desactes de ce genre, il est vrai, se commettaient dans toute l’Allemagne ;mais là où il était possible de les empêcher, pourquoi ne pas le faire,pourquoi ne pas donner signe de vie et de vigueur?
L’Autriche était portée au dernier degré d’exaspération. Elle seplaignait de tout le monde : la France , qui, sans lui rien dire, avaitnégocié avec la Russie le plan qui changeait la face de l’Allemagne ; dela Russie elle-même, qui, à Pétcrsbourg, lui avait tenu secrète l’adop-tion du projet de médiation ; de la Prusse et des confédérés, qui s’ap-puyaient sur des gouvernements étrangers pour bouleverser complè-tement l’empire. Ses plaintes étaient peu fondées, et elle n’avait àreprocher qu’à elle-même, à ses prétentions exagérées, à ses finessesmal entendues, l’abandon dans lequel chacun la laissait en ce moment.Elle avait voulu négocier avec la Russie en se cachant de la France , etla France avait négocié avec la Russie en se cachant d’elle. Elle avaitvoulu appeler l’étranger dans l’empire, en ayant recours à l’empereurAlexandre, et la Prusse, la Bavière , imitant son exemple, avaient ap-pelé la France, avec cette différence que la Prusse et la Bavière faisaientintervenir une puissance amie du corps germanique, et obligée à in-tervenir par les traités eux-mèmes. Quant aux occupations préalables,c’étaient choses prématurées, il est vrai, et, dans la rigueur du droit,illégales: mais malheureusement pour la logique de l’Autriche , ellevenait d’occuper elle-même Salzbourg et Berchtolsgaden.
Quoi qu’il en soit, l’Autriche exaspérée, et voulant montrer que soncourage n’était point abattu par un concours de circonstances mal-heureuses, fit un acte peu conforme à sa circonspection ordinaire. Elleenjoignit à ses troupes de franchir les faubourgs de Passau , pouroccuper la place, et en même temps accompagna cet acte d’explica-tions tendant à en atténuer l’effet. Elle déclarait qu’en agissant ainsi,