LIVRE XV.
obligeait en calomniant publiquement ses intentions, il déclarait queces prétendues ouvertures de l'Autriche au cabinet français avaientpour but, non l’arrangement général de l’affaire des indemnités, maisl’extension de la frontière autrichienne jusqu’à l'Isar et jusqu’au Lech ,c’est-à-dire la suppression de la Bavière du nombre des puissances alle-mandes ; que les prétentions de l’Autriche, portées de Paris , où ellesn’avaient pas réussi, à Pétcrsbourg, où elles n’avaient pas réussi da-vantage, enfin à Munich , où elles étaient devenues menaçantes, avaientobligé les puissances médiatrices à intervenir pour assurer le repos del’Allemagne, et, avec le repos de l’Allemagne , celui du continent.
Cette réplique, fort méritée, mais exagérée en un point, l’imputa-tion à l’Autriche d’avoir cherché à s’étendre jusqu’au Lech (elle n’avait,en effet, parlé que de l’Isar ), celte réplique affligea vivement le cabinetimpérial, qui vit bien qu’il avait affaire à un adversaire aussi résoluen politique qu’il l’était en guerre.
Cependant il fallait faire marcher la négociation. M. de Laforest,avec l’autorisation de son cabinet, employa les moyens nécessaires pourdécider le vote de Mayence . On promit à M. d’Albini, représentant del’électeur de Mayence , d’assurer le revenu de l’archichancelier, non enrentes, mais en territoires immédiats, ne relevant d’aucun prince. Acette promesse, qu’on lui fit d’une manière formelle, on ajouta quelquesmenaces très-claires pour le cas où le plan viendrait à échouer. On dé-cida ainsi le vote de M. d'Albini. Mais il n’était pas possible d’obtenirl’admission pure et simple du plan. L’honneur du corps germaniqueexigeait que la députation extraordinaire, en l’accueillant comme basede son travail, y apportât au moins quelques légers changements. L’in-térêt de quelques-uns des petits princes réclamait plusieurs modifica-tions de détail; et la Prusse, d’ailleurs, par des motifs peu avouables,était d’accord avec Mayence pour séparer les considérations généralesdu plan lui-même, et les rédiger sous une forme nouvelle. Dans cesconsidérations, en effet, s’en trouvait une relative aux biens d’Églisemédiats, lesquels avaient été réservés, pour servir soit à quelques com-pléments d’indemnité, soit aux pensions ecclésiastiques. Beaucoup deces biens étaient enclavés dans le territoire de la Prusse, et cette puis-sance, déjà si favorablement traitée, nourrissait l’espoir de les sauverde toute nouvelle assignation, pour se les approprier exclusivement.Elle entra donc dans les idées de Mayence, et convint avec cet État deremanier la partie du plan qui renfermait les considérations générales;