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LIVRE XVI.
temps, il échappe à toute exigence exléiieure. Mais, en voulant resterindépendants, n’oubliez pas qu’il faut que vous soyez amis de laFrance . Son amitié vous est nécessaire. Vous l’avez obtenue depuis dessiècles, et vous lui êtes redevables de votre indépendance. Il ne huità aucun prix que la Suisse devienne un foyer d'intrigues et d'hostilitéssourdes; qu’elle soit à la Franche-Comté et à l'Alsace ce que les îles deJersey et Guernesey sont à la Bretagne et à la Vendée . Elle ne le doitni pour elle, ni pour la France . Je ne le souffrirai pas d’ailleurs. Je neparle ici que de votre constitution générale : là s'arrête mon savoir.Quant à vos constitutions cantonales, c’est à vous à m’éclairer, et à mefaire connaître vos besoins. Je vous écouterai, et je chercherai à voussatisfaire, en retranchant toutefois de vos lois les injustices barbaresdes temps passés. En tout, n’oubliez pas qu’il vous faut un gouverne-ment juste, digne d’un siècle éclairé, conforme à la nature de votrepays, simple, et surtout économique. A ces conditions, il durera, et jeveux qu’il dure; car, si le gouvernement que nous allons constituerensemble venait à tomber, l'Europe dirait, ou que je l’ai voulu ainsipour m’emparer de la Suisse , ou que je n’ai pas su faire mieux : or,je ne veux pas plus lui laisser le droit de douter de ma bonne foi quede mon savoir. »
Tel fut le sens exact des paroles du premier consul. Nous ne lesavons changées que pour les abréger. Il était impossible de penseravec plus de force , de justesse, de hauteur. On mit sur-le-champ lamain à l’œuvre. La constitution fédérale fut discutée dans la réunionde tous les députés suisses . Les constitutions cantonales furent pré-parées avec les députés de chaque canton, et révisées eu assembléegénérale. Lorsque les passions sont apaisées, et que le bon sens prévaut,la constitution d’un peuple est facile à faire, car il s’agit d’écrirequelques idées justes, qui se trouvent dans l’esprit de tout le monde.Les passions des Suisses étaient loin d’ètre entièrement apaisées ; maisleurs députés réunis à Paris étaient déjà plus calmes. Le déplacement,la présence d’une autorité supérieure, bienveillante, éclairée, les avaientsensiblement modifiés. Et, de plus, celte autorité était là pour leurimposer ces idées justes, peu nombreuses, qui doivent subsister seules,après que les orages des passions sont dissipés.
On s’arrêta aux dispositions qui suivent.
La chimère des unitaires fut écartée, il fut convenu que chaquecanton aurait sa constitution propre, sa législation civile, ses formes