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RUPTURE DE LA PAIX d’aMIENS.

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M. de Talleyrand déploya pour les bien recevoir tout le savoir-faire,toute l’élégance de mœurs, qui le distinguaient. Les deux consulsCambacérès et Lebrun eurent ordre de s’y employer eux-mêmes, etils s'y prirent de leur mieux. A tous ces soins on joignit le soin plusflatteur encore de les publier.

Il entrait dans le sentiment de l’Angleterre à l’égard de la France beaucoup d’orgueil blessé, bien que l’intérêt y eût sa grande part. Ceségards, prodigués par le premier consul à l’ambassadeur britannique,produisirent l’effet le plus sensible sur l’opinion publique à Londres , etramenèrent un instant les cœurs à des sentiments meilleurs. Le gé-néral Andréossy s’en ressentit lui-même, et reçut un accueil flatteur,tout à fait semblable à celui que recevait lord Withworth à Paris . Lesmois de décembre et de janvier firent naître une espèce de calme. Lesfonds, qui avaient baissé dans les deux pays, se relevèrent sensible-ment et reprirent le taux auquel ils étaient parvenus dans le momentde la plus grande confiance. Le cinq pour cent était à 57 ou 58 francsen France .

L’hiver de 1803 fut presque aussi brillant que celui de 1802. Il parutmême plus calme, car au dedans la situation était parfaitement assise,tandis que l’année précédente l’opposition du tribunat, sans donnerde l’effroi, causait un certain malaise. Tous les hauts fonctionnaires,consuls, ministres, avaient ordre d'ouvrir leurs maisons, tant à leurssubordonnés qu’à la société parisienne et étrangère. Les classes com-merçantes étaient satisfaites du mouvement général des affaires. Unsentiment de bien-être se répandait partout, et finissait même par ga-gner les cercles de l’émigration rentrée. Chaque jour on voyait unpersonnage, porteur d’un grand nom, se détacher du groupe oisif,agité, médisant, de l’ancienne noblesse française , pour venir solliciterdes places de magistrature ou de finance, dans les salons graves etmonotones des consuls Cambacérès et Lebrun. D’autres allaient jusquechez madame Bonaparte demander des places dans la nouvelle cour.On parlait mal de ceux qui avaient obtenu, mais on les enviait aufond, et on n’était pas loin de les imiter.

Cet état de choses avait duré une partie de l'hiver, et aurait pu durerlongtemps encore, sans une circonstance dont on commençait à sentirl’embarras dans le cabinet britannique; c’était le délai apporté à l’éva-cuation de Malte. En commettant la faute grave de contremander celleévacuation, on avait fait naître chez le peuple anglais , une tentation

IV. u