LIVRE XVI.
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bien dangereuse, celle de garder une position qui dominait la Médi-terranée. Il aurait fallu, ou un ministère puissant en Angleterre, ouune concession quelconque de la part de la France , pour rendre pos-sible l’abandon d’un gage aussi précieux. Or le ministère puissant enAngleterre n’existait pas, et le premier consul n’était pas assez accom-modant pour créer à celui qui existait des facilités par des sacrifices.Tout ce qu’on pouvait attendre de lui, c’est qu’il ne mît pas une tropgrande précipitation à exiger l’exécution des traites.
Une circonstance nouvelle rendait pressant encore le danger de cettesituation. On avait eu jusqu’ici un prétexte pour différer l’exécutiondu traité d’Amiens à l’égard de Malle ; c’était le refus de la Russie d’accepter la garantie du nouvel ordre de choses établi dans cette île.Mais le cabinet russe, appréciant le danger de ce refus, et voulant sin-cèrement concourir au maintien de la paix, s’était hâté de revenir sursa première détermination, par un mouvement d'honnêteté qui liono-rait le jeune Alexandre. Seulement, pour donner un motif à ce chan-gement, il avait mis quelques conditions insignifiantes à sa garantie,telles que la reconnaissance par toutes les puissances de la souverainetéde l'ordre sur file de Malte , l’introduction des natifs dans le gouverne-ment, et la suppression de la langue maltaise. Ces conditions ne chan-geaient rien au traité, car elles s’y trouvaient à peu près contenues. LaPrusse, tout aussi pressée d’assurer la paix, était également revenuesur sa première détermination, et avait accordé sa garantie dans lesmêmes termes que la Russie . Le premier consul s’était empressé d’ad-hérer aux conditions nouvelles, ajoutées à l’article 10 du traité d’A-miens , et les avait formellement acceptées.
Le cabinet anglais ne pouvait plus reculer. Il fallait qu’il acceptât lagarantie, telle quelle était donnée, ou qu’il se constituât en état demauvaise foi évidente, car les nouvelles clauses imaginées par la Russie étaient tellement insignifiantes qu’on ne pouvait pas raisonnablementles refuser. Quoique embarrassé dans les difficultés qu’il avait créées lui-même, il était disposé cependant à saisir le dernier acte du gouverne-ment russe, comme une occasion naturelle d’évacuer Malte , sauf àexiger quelques précautions apparentes à l’égard de l’Égypte et del’Orient lorsque survint tout à coup un incident malheureux, qui servitde prétexte à sa mauvaise foi, s’il était de mauvaise foi, ou dépou-vantail à sa faiblesse, s’il n’était que faible.
On a déjà vu que le colonel Sébastiani avait été envoyé à Tunis , et