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RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS. 183

Lord Withworth, silencieux, immobile, ne comprenant pas assez lascène à laquelle il assistait, répondit brièvement aux déclarations dupremier consul. Il allégua l'impossibilité de calmer en quelques moisles haines qu’une longue guerre avait suscitées entre les deux nations;il fit valoir les empêchements des lois anglaises, qui ne donnaient pasle moyen de réprimer la licence des écrivains; il expliqua enfin lespensions accordées aux chouans comme la rémunération de servicespassés, mais non comme le payè rent de services futurs (singulier aveudans la bouche d’un ambassadeur), et l’accueil fait aux princes émi-grés, comme un acte d’hospitalité noblement en usage chez la nationbritannique. Tout cela ne pouvait justifier ni la tolérance accordée auxpamphlétaires français , ni les pensions allouées à des assassins, ni lesinsignes de l’ancienne royauté permis aux princes de Bourbon. Le pre-mier consul fit remarquer à l’ambassadeur combien sa réponse était,faible sur tous ces points, et revint à l’objet important, l’évacuationdifférée de l’Egypte et de Malle. Quant à l’évacuation d’Alexandrie ,lord Withworth affirma qu elle était accomplie au moment où il par-lait. Quant à celle de Malle, il expliqua le retard qu’on y avait apportépar la difficulté d’obtenir la garantie des grandes cours et par les refusobstinés du grand maître Ruspoli. Mais il ajouta qu’on allait enfin éva-cuer l’ile, lorsque les changements survenus en Europe , et surtout lerapport du colonel Sébastiani , avaient suscité de nouvelles difficultés.Ici le premier consul interrompit, l’ambassadeur anglais . » De quelschangements voulez-vous parler ? lui dit-il. Ce n’est pas de la prési-dence de la république italienne, qui m’a été déférée avant la signaturedu traité d’Amiens. Ce n’est pas de l’érection du royaume d’Étrurie ,qui vous était connue avant ce même traité , car on vous a demandéet vous avez fait espérer la reconnaissance prochaine de ce royaume.Ce n’est donc pas de cela que vous voulez parler. Serait-ce du Pié-mont? Serait-ce de la Suisse ? En vérité, ce n’est pas la peine, tantces deux faits ont peu ajouté à la réalité des choses. Mais, quoi qu’il ensoit, vous n’avez pas aujourd'hui le droit de vous plaindre, car, pour lePiémont, même avant le traité d’Amiens , j’ai dit à tout le monde ceque je voulais en faire ; je l’ai dit à l’Autriche, à la Russie , à vous. Jen’ai jamais consenti, quand on me l’a demandé, à promettre le rétablis-sement de la maison de Sardaigne dans ses États; je n’ai même jamaisvoulu stipuler pour elle une indemnité déterminée. Vous saviez doncque j’avais le projet de réunir le Piémont à ia France ; et d’ailleurs ,