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LIVRE XVII.

du globe, l’un mené par un grand homme, l’autre par de grandes insti-tutions. Le premier consul en sourit, car depuis longtemps il avaitdeviné tout ce qu’il y avait d’inexpérience et de prétention dans lecabinet russe. Mais, sachant se dominer dans l’intérêt de scs vastesdesseins, il ne voulut pas compliquer les affaires du continent, et fairenaître sur le Rhin une guerre qui l'eùt détourné de celle qu’il préparaitsur les bords de la Manche. Recevant, sans paraître s’en apercevoir, lesleçons qui lui venaient de Saint-Pétersbourg , il résolut de couper courtà tous les reproches du jeune czar, en le constituant arbitre absolu dela grande querelle qui occupait le monde. Il fit donc offrir par M. deTalleyrand et par le général Hédouville au cabinet russe, de déposerun compromis, en vertu duquel il s’engageait à subir, quelle quellefût, la décision de l’empereur Alexandre, se confiant entièrement ensa justice. Cette proposition était aussi sage qu’habile. Si l’Angleterrela refusait, elle avouait qu’elle se défiait ou de sa cause, ou de l’em-pereur Alexandre; elle se mettait dans son tort, elle autorisait le premierconsul à lui faire une guerre à outrance. La clôture de tous les portsplacés sous l'influence de la France , l’occupation de tous les pays ap-partenant à l’Angleterre, devenaient une conséquence légitime de cetteguerre. Cependant, pour ce qui regardait les royaumes de Naples et deHanovre , le premier consul, prenant le ton décidé qui convenait îi sespians, déclara qu’il ferait tout ce qu’exigerait la guerre qu’on lui avaitsuscitée, et qu’il n’avait pas commencée.

Après avoir adopté l’attitude qui lui semblait dans le moment lameilleure, à l'égard des puissances du continent, le premier consulprocéda sur-le-cbamp aux occupations déjà préparées et annoncées.Le général Saint-Cyr était à Faenza , dans la Romagne, avec une divisionde 15,000 hommes, et un matériel d’artillerie considérable, tel qu’ille fallait pour armer la rade de Tarente . Il reçut l’ordre, qu’il exécutaimmédiatement, de traverser l’État romain pour se rendre aux extré-mités de l’Italie , en payant tout sur la route, afin de ne pas indisposerle saint-père. D’après la convention conclue avec la cour de Naples ,les troupes françaises devaient être nourries par l’administration napo-litaine. Le général Saint-Cyr , jugé comme il méritait de létre par lepremier consul, c’est-à-dire comme l’un des premiers généraux dutemps, principalement lorsqu'il opérait seul, avait une position embar-rassante, au milieu d’un royaume ennemi ; mais il était capable de faireface à toutes les difficultés. Ses instructions lui laissaient d’ailleurs une